En ce 16eme dimanche du temps ordinaire, l’Eglise fête Ste Marie Madeleine. Une occasion d’approfondir le rôle qu’elle a tenu dans l’histoire de l’Eglise naissante.

Marie Madeleine, c’est Marie de Magdala. Depuis le jour où Jésus l’avait libérée de sept démons, elle le suivait partout. Elle faisait partie de ce groupe de femmes qui, dans les déplacements du Christ et de ses apôtres, les servaient humblement et fidèlement. Le Vendredi Saint, bien que se tenant à distance, elle est présente : « il y avait aussi des femmes qui observaient de loin, et parmi elles, Marie-Madeleine… »(Mc 15, 40)  et, après la descente de la croix, elle suivra Joseph d’Arimathie : « …Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis »(Mc 15, 47). Elle reviendra, au matin de Pâques, accompagnée de deux autres femmes pour accomplir les rites funéraires : « Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil. »(Mc 16, 1-2). C’est à elle que le Christ ressuscité apparaîtra en premier : « Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, Jésus apparut d’abord à Marie Madeleine… » (Mc 16, 9) et c’est elle, qui annoncera la nouvelle aux apôtres incrédules : « Celle-ci partit annoncer la nouvelle à ceux qui ayant vécu avec lui, s’affligeaient et pleuraient » (Mc 16, 10). Son acte de foi est une leçon pour chacun de nous : nous devons croire en la résurrection et en donner témoignage. Elle est l’exemple de « l’évangélisateur » qui annonce le message central de la Pâques ! *

En ce jour où l’Eglise la fête, interrogeons-nous sur le rôle qu’y exercent les femmes. Certains récits bibliques sont à la source de nombreuses incompréhensions. Certains affirment même qu’ils sont sexistes et que la pensée Judéo-Chrétienne a contribué à l’asservissement des femmes : [faute du péché originel attribuée à Eve, stérilité considérée comme une malédiction, impureté liée à la menstruation, purification après une naissance (deux fois plus longtemps si elle met au monde une fille) …] Il est de même dans le nouveau testament avec quelques lettres de St Paul : « Que les femmes gardent le silence dans les assemblées, car elles n’ont pas la permission de parler ; mais qu’elles restent dans la soumissioncomme le dit la loi … » ( 1 Co 14, 34) ou « …femmes, soyez soumises à vos maris … » (Ep 5, 22). Il faut cependant remettre ces récits dans leur contexte. Rappelons-nous qu’à l’époque de leur rédaction, dans la majorité des sociétés, les lois étaient de structure patriarcale. Une jeune fille passait de la tutelle de son père à celle de son mari et vivait sous sa dépendance. Il pouvait la répudier et avait même l’autorisation de la tuer en cas d’adultère, alors que dans le cas contraire, il n’était soumis à aucune sanction. L’épouse était pratiquement reléguée hors de la sphère politique.

Or, la Bible a toujours insisté sur une conversion des cœurs plutôt que sur des réformes sociétaires. Le remède contre le sexisme passant par une révélation progressive des textes. Les évangiles, eux,  se sont fait l’écho de la nouveauté du regard du Christ sur les femmes (la Samaritaine, la guérison de la belle-mère de Pierre, la femme hémorroïdaire, la Syro-Phénicienne, la controverse sur la répudiation, la femme adultère ainsi que son amitié avec Marthe et Marie …). Quant à St Paul, n’oublions pas d’approfondir ce qu’il souligne dans son épître aux Galates : « il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faîtes plus qu’un dans le Christ Jésus» (Gal 3, 28) ainsi cette autre affirmation : « Vous les hommes aimez votre femme à l’exemple du Christ (Ep 5, 23-28). Ces paroles nous disent quelque chose de la réalité du dessein de Dieu. C’est sous la conduite de l’Esprit Saint que les cœurs peuvent se transformer et aimer en vérité ; et c’est cela seul qui permet un véritable changement de comportement. Dès les premiers temps du Christianisme, des femmes, appelées diaconesses, exerçaient un certain nombre de tâches au sein de la communauté. Les pères de l’Eglise, quant à eux, ont toujours mis l’accent sur le don mutuel des époux et ont condamné avec fermeté l’adultère masculin. Au moyen âge, l’Eglise a insisté, de plus en plus, sur la liberté de consentement des époux, sur la condamnation de l’inceste [mesure qui visait surtout à protéger les jeunes filles (souvent obligées d’épouser un cousin)] et le culte marial grandissant a permis un changement progressif des mentalités. Des femmes, plus nombreuses que nous le pensons, ont contribué à une meilleure compréhension de l’Eglise. D’autres, grâce à leur précieuse amitié éclairée à la lumière de Dieu, ont sans doute aidé à faire grandir en sainteté « leur ami dans le Christ » ; ce fut le cas de Ste Claire et St François, de Ste Thérèse d’Avila et St Jean de la Croix, de St François de Sales et Ste Jeanne de Chantal. Depuis 1970, quatre femmes ont été déclarées « Docteur de l’Eglise » (Ste Thérèse d’Avila, Ste Catherine de Sienne, Ste Thérèse de Lisieux et Ste Hildegarde de Bingen). Certes, c’est une petite avancée puisque l’Eglise en compte 35. Mais leur concéder ce titre, toujours donné à titre posthume,  c’est reconnaître la valeur de leurs écrits qui ont enrichi la doctrine de l’Eglise tant au niveau philosophique que spirituel ainsi que l’influence internationale qu’ils ont eu auprès des fidèles.

Suite à la déclaration de Jean-Paul II l’ordination sacerdotale des femmes ne peut être envisagée : « Je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (cf Lc 22,32), que l’Eglise n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Eglise ». (Ordinatio Sacerdolis – 22-05-1994). Cependant, les derniers papes  (Jean-Paul II, Benoît XVI) et maintenant François ont toujours eu à cœur de réfléchir sur le rôle indispensable des femmes. Actuellement, des postes à responsabilité sont tenus par des femmes (dans les paroisses, dans les diocèses et même au St Siège) **

Aujourd’hui Ste Marie-Madeleine nous est présentée comme un modèle, et le pape François, qui depuis le début de son pontificat, appelle à une « théologie de la femme » a rappelé, dans son homélie de la vigile pascale du 4-04-2015, que : « Les hommes sont restés enfermés dans le Cénacle. Les femmes, au contraire, à l’aube du jour qui suit le sabbat, sont allées au tombeau pour oindre le corps de Jésus… ainsi, elles ne sont pas restées prisonnières de la peur et de la douleur »  et il avait ajouté : « Apprenons d’elles à veiller avec Dieu et avec Marie » Or l’humble réponse de Marie à l’ange Gabriel n’était-elle pas : « Je suis la servante du Seigneur »! Par son oui, elle a ouvert la porte du monde à Dieu et nous a appris que Sa volonté  n’est pas un poids,  qu’ elle est un vrai bien et qu’elle nous guide vers le bonheur (Benoît XVI).

Georgette

*  Source Nominis

** Sources Aleteia – Catholique.org – Croire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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