Soeur Bénédicte


Histoire de ma vocation

Alsacienne d’origine, j’ai  grandi dans un tout petit village de l’Alsace rurale des années d’après –guerre, au sein d’une fratrie de 2 frères et d’une petite sœur. Mes parents, mes grands-parents : des gens simples, exploitants agricoles, besogneux,  attachés aux valeurs traditionnelles de la religion catholique. La vie était rythmée par les multiples travaux des champs, les saisons, les fêtes liturgiques et les nombreuses dévotions et processions en usage. L’ensemble de ces activités nous offrait des loisirs, des temps de rencontres, des occupations qui éloignaient l’ennui, un bain religieux certain et une vie en plein air. Point d’autres loisirs. Au village, ni cinéma, ni commerce, ni piscine, ni bibliothèque. Ni gare, ni bus : le vélo était le moyen de transport idéal pour aller au bourg voisin. Bref une vie simple, entourée d’animaux, de prés, de vergers, de champs ! Pas idyllique cependant : elle avait son charme mais aussi sa rudesse.

Dans cet environnement il y avait l’école ! Parlons – en ! Une école, en apparence à l’image du village : pas de classe maternelle –on entrait directement au CP – 3 classes, dont une mixe, celle des petits, puis une classe de filles et une de garçons.

Grâce au Concordat, à  l’école de filles, nous avions des religieuses comme institutrices. Et ça, c’était du bonheur au quotidien. J’adorais aller à l’école. Quand j’y suis entrée à 6 ans, je ne parlais que le dialecte, pas le français. A Noël, je savais lire et parler le français. Les deux religieuses, Sœur Jeanne Joseph et Sœur Joséphine Louise, sont restées pour moi des références pédagogiques : elles savaient créer une ambiance d’émulation, d’envie d’apprendre avec douceur et fermeté. Oui, j’adorais l’école : il y avait des livres, des magazines, le cinéma muet, les disques, les puzzles, les jeux ….. tout un champ culturel amplement exploité par les religieuses.

Ces deux religieuses ont eu une influence déterminante dans ma vocation. Le soir, après la classe, lorsque la météo le permettait, elles traversaient les rues du village, chapelet en mains, s’arrêtant de-ci de-là, dans les cours de ferme, près d’une maman et de son bébé, auprès des personnes âgées. A l’écoute de ces gens de la campagne.

Le style de vie simple de ces religieuses, leur vie de prière à laquelle elles nous invitaient parfois, la joie, la paix et la gentillesse qu’elles rayonnaient, leur dévouement, leur attention à ce milieu simple lui aussi : tout cela m’a séduite au sens fort du terme. Je voulais de toutes mes forces vivre ce même style de vie et être enseignante comme elles. Ce désir, ou mieux cette volonté, ont germé en moi à l’âge de 10 ans environ et s’est réalisé.

Et c’est ainsi que j’ai atterri dans la Congrégation des Sœurs de la Divine Providence de Saint Jean de Bassel, congrégation à laquelle appartenaient les deux sœurs. Tout d’abord, dans une de leurs écoles privées, j’ai pu intégrer le niveau secondaire (collège puis lycée)  et être aspirante. Dur de m’adapter au début à la vie de l’internat ! Très vite, j’y ai trouvé ma place. J’aimais cette vie studieuse. J’étais heureuse.  Puis, il y eut la formation plus spécifique à la vie religieuse, le postulat et le noviciat. Et le 1er engagement dans la Congrégation, il y a 50 ans. J’avais 19 ans, la plus jeune de ma promotion.

Ainsi ce n’est ni une parole de la Bible, ni une de notre fondateur, ni son charisme qui m’ont mise en route, mais le témoignage d’une parole mise en œuvre dans la simplicité du quotidien.

Bien plus tard, j’ai pu relire cette expérience et y trouver la saveur de l’Evangile :

«  Ce que vous faites aux plus petits des miens c’est à moi que vous le faites. »

Et, ainsi que l’écrit notre Fondateur, Jean Martin Moÿe, :

« Pratiquez tout cela vous-mêmes, ainsi que toutes sortes de bonnes œuvres, après quoi, enseignez les autres, à l’exemple de Jésus Christ, qui a commencé par faire et ensuite a enseigné. Soyez partout, par vos bons exemples et vos discours édifiants, la bonne odeur de Jésus Christ. »

 

Parole de Dieu

Tout au long de ma vie en Congrégation, et surtout tout au long des différentes missions,  la Parole de Dieu  a été et reste  Source et  repère.

Néanmoins, selon les étapes et les situations de ma vie, j’ai été davantage touchée par telle ou telle parole en particulier.

Ainsi en est-il du texte d’Isaïe 43 versets 1 à 5 :

«  Ne crains pas car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom : tu es à moi. Si tu traverses les eaux, je serai avec toi, et les rivières, elles ne te submergeront pas. Si tu passes par le feu, tu ne souffriras pas car la flamme ne te brûlera pas.

…..

Car tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime.

…….

Ne crains pas, car je suis avec toi. »

Ce texte  est gravé dans mon cœur et me vient spontanément à l’esprit et sur mes lèvres dans les moments de joie ou lorsque je suis face à une situation difficile ou encore lorsque la peur voudrait ralentir ma marche en avant. De même aussi, dans ma mission éducative, lorsque j’étais professeur de français ou après, lorsque je dirigeais un établissement scolaire, j’ai toujours eu à cœur d’appeler chacun par son nom que je m’efforçais de retenir. Pour moi, c’est ma façon de respecter celle et celui qui « compte » aux yeux de Dieu,  qui « a du prix à ses yeux et qu’il aime.»

Et maintenant encore, comme je suis à nouveau engagée dans une mission éducative – enseigner  le français aux migrants – je veille à connaître le nom de chaque personne dans des langues très variées : Ramatoulaye, Luxsagini, Nazmul, Iqbal, Alamin, etc ……

Un autre texte qui me dynamise : Jn 20 versets 11 à 18

Dans cette péricope, je me retrouve dans la quête éperdue de Marie, dans sa réaction à l’appel de son nom au verset 16. Et puis, il y a l’envoi «  Va trouver mes frères.

La délicate attention du Seigneur me touche et confirme la déclaration du prophète Isaïe. Ces textes sont des viatiques pour ma route.

 

 

 

Figure spirituelle

Au début de ma vie religieuse, j’ai été marquée par la figure de Saint Pierre et elle continue de nourrir ma méditation à cause de :

  • Son origine sociale : un simple pêcheur vivant au bord de la mer de Galilée Mt. 4, 18
  • Sa rapidité à répondre à l’appel : Marc 1, 16 à 18
  • Son pragmatisme : Marc 9, 5
  • Sa fougue : Marc 14, 31
  • Son incompréhension du mystère de la Passion : Luc 18, 28
  • Sa lâcheté : Marc 14, 66 à 72
  • Et, à la fin de l’évangile de Jean, son ultime déclaration d’amour.

Je reviens souvent à cet itinéraire, au cours d’une récollection ou d’une retraite. Je me l’approprie.  Il me permet de relire ma vie et de lui redonner un nouvel élan.

Mais c’est Saint Joseph  qui m’accompagne dans toutes les situations de ma vie. Certes, c’est un taiseux et je suis une grande bavarde. Modèle d’écoute de la Parole, d’obéissance aussi, entre ses « mains le Christ Enfant a remis sa vie. » De ce fait, chaque soir je me confie à lui et je lui demande de me guider vers Celui dont Il a pris soin. Joseph, pour moi, est un compagnon de route, un appui sûr, un confident, un consolateur. Dans mes allées et venues, je lui parle et j’ai la ferme conviction qu’il m’écoute et m’aide. Cette forte conviction me donne courage et sérénité.

 

Les paroisses où j’ai passé

 

J’ai passé dans deux paroisses avant de rejoindre celle de St Joseph d’Enghien :

  • En sortant du noviciat, à 19 ans, on m’a envoyée à SAALES,une bourgade aux confins de l’Alsace. Une région francophone où passe la frontière entre deux départements, les Vosges et le Bas-Rhin. Un milieu populaire, des ouvriers employés dans les scieries, les usines textiles des Vosges. Peu de pratique religieuse. Nous étions 3 sœurs enseignantes, engagées surtout dans l’ACE. Outre l’enseignement dans une classe de CE1/CE2, je participais aux activités de l’ACE. Mais je me sentais peu partie prenante de la vie de la Paroisse.

  • Après, j’ai passé de longues années dans la paroisse Saint Aloÿse de Strasbourg– Neudorf, une paroisse urbaine située dans la banlieue EST de Strasbourg. Le Rhin en est une frontière et l’Allemagne est de l’autre côté du pont. Je m’y suis pleinement épanouie au fil des années. Je faisais partie de l’équipe qui préparait les enfants aux sacrements d’initiation à la vie chrétienne : pardon et Eucharistie. Parfois je préparais des enfants au baptême. Comme Directrice d’Ecole, j’ai tissé des liens fraternels avec l’équipe des prêtres (une fraternité sacerdotale). Les enfants de l’école et leurs familles participaient pleinement à la vie de la Paroisse. Difficile de parler d’un ministère ! mais c’était une vie partagée tant avec les prêtres qu’avec les paroissiens très souvent parents d’élèves de l’école Sainte Anne. Bref ! je vivais dans une grande famille au sein de laquelle j’étais à l’aise, prête à rendre service si je le pouvais.

  • Et me voilà dans ma 3ème paroisse, Saint Joseph d’Enghien. Après un temps d’apprivoisement, je m’y suis fait des amis. Je n’y ai pas un ministère précis : je suis au presbytère tous les mercredis matins, pour l’accueil et une permanence téléphonique. C’est une mission qui me convient : recevoir des personnes, les écouter, essayer de les aider. Comme je suis très engagée dans l’alphabétisation, à Saint Denis, avec le Secours Catholique, je ne peux accepter d’autres engagements.

 

Œuvre d’art

J’aime beaucoup l’impressionnisme à cause du travail de la lumière et des couleurs : couleurs naturelles, jeux d’ombre et de lumière, sujets croqués sur le vif. J’aime particulièrement les variations autour du thème des Nymphéas décliné dans les quatre saisons.

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Une autre œuvre d’art, d’une autre époque certes, fait partie de ma collection virtuelle : il s’agit du repas des pèlerins d’Emmaüs, tableau peint par Rembrandt vers 1629 et exposé au Musée Jacquemart André. J’aime le jeu de la lumière qui accentue le visage surpris du pèlerin.

 

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Père Damien

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