Beaucoup d’artistes peintres ont souhaité représenter le Christ ressuscité des morts.

Certaines œuvres sont évidemment restées aux portes de cette ambition.

Un tableau a retenu mon attention : la Cena in Emmaus, œuvre de Merisi dit Le Caravage, vers 1606.

Dans cette brèche de brillance, la nappe de la table à manger resplendit ; la main du Christ qui bénit indique le geste qui engendre les signes. Et nos regards convergent vers le visage, vers ce qu’on peut voir de ce visage du Jésus de gloire.

Il faut le rejaillissement de cette blancheur pour voir, à demi de dos, Cléophas et son ami d’Emmaüs, situés de part et d’autre du tableau. En arrière fond, deux autres silhouettes se détachent de l’ombre.

Les deux disciples tendent leur corps en avant, ébahis, souffle coupé. Ils ne regardent plus le pain rond et la cruche en étain, mais s’empressent à dévisager ce Compagnon précieux durant leur route. Peu de temps avant, ils étaient incapables de discerner en lui le Vivant. Et là, tout se joue à cet instant du tableau : « Il a rompu le pain. C’est bien Lui. Nous avons vu le Seigneur ! ».

La plus grande finesse de cette œuvre se situe dans la représentation du visage du Ressuscité.

Une partie de lumière et une partie d’ombre. Aux disciples, apôtres ou compagnons, il était donné grâce de revoir debout l’homme Jésus en partie et en partie de ne pas le reconnaître. La gloire de Dieu nous est encore cachée. Les disciples n’ont pas cru spontanément, lorsque le Seigneur se montrait à eux. Il fallait entrer dans l’intelligence des Ecritures et du Salut voulu par le Père, avec les mystères douloureux et glorieux dont le Verbe a la clef. Les disciples passaient alors de l’étonnement à la joie immense : « Ne cherchons plus avec les morts, Celui qui est Vivant pour toujours ! ».

Ils recevaient alors la mission de clamer la Bonne Nouvelle et, avec la fraction du pain, de tout partager au monde.

Note

Avec cette œuvre picturale, Michelangelo Merisi, dit «Il Caravaggio» est sorti du message de saint Luc. On pardonnera à cet artiste gigantesque, bien qu’homme peu recommandable ; il a osé ajouter au témoignage évangélique une pointe personnelle. Il s’agit des deux silhouettes en fond du tableau. Seraient-elles celles de l’aubergiste d’Emmaüs et de son épouse ? Voyez ces  gens simples et recueillis, attentifs à cette cène. Auraient-t-ils eu le droit, eux aussi, à un peu de  lumière, parce s’ils ont reçu le Christ chez eux et l’ont servi ?

Ce tableau est conservé à la pinacothèque Brera de Milan.

JP

X