Télécharger le bulletin des paroisses : Le trait d’union

LE PREMIER JOUR
Ouvrons la Bible et écoutons la Parole. Ainsi tout commence :
Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour. » (Genèse 1,3-5)
A Pâques, avant l’évangile, nous chantons : « Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alleluia ! » (d’après le Psaume 117,24).
A l’autre bout de la Bible, à la fin de l’évangile de Marc que nous lisons cette année, trois femmes, amies de Jésus, ont tout préparé pour honorer le corps de leur Seigneur au tombeau : « De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil. Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? » Ne fallait-il pas y penser plus tôt ? En effet, si l’affaire doit avoir une suite, il va falloir déplacer cette pierre. Et elle est énorme !
« Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande. » – Un événement anormal, impossible, s’est produit : on est sorti du réel. Tel est le choc initial traduit par Marc. Un messager les attend, porteur de la nouvelle. Rien à faire : « Elles furent saisies de frayeur ». Il a beau tout expliquer et les envoyer, à leur tour, annoncer la nouvelle aux disciples, elles s’enfuient, tremblantes, et ne disent rien à personne car elles ont peur (Mc 16,2-8). D’après ce récit, s’il n’y avait eu que des femmes choquées et éprouvées par la disparition de leur ami Jésus, on n’aurait jamais parlé de Résurrection…

Dans une autre perspective, l’évangéliste Matthieu reprend l’histoire calmement, avec un brin d’humour. Il « remonte » à la « descente » préalable d’un ange qui déclenche un séisme en roulant l’énorme pierre tombale sur laquelle il s’assied. Du coup, ce n’est plus qu’une pierre, tout juste bonne pour s’y asseoir, suggère l’évangéliste… Donc, bien posé sur sa pierre, l’ange attend les visiteuses pour leur apprendre la nouvelle. Lorsqu’elles se présentent, il a à peine le temps de leur dire quelques mots. « Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. » (Mt 28,2-8). L’annonce de la Résurrection aura donc un avenir grâce à ces femmes… à moins que…
Luc, en effet, prolonge l’histoire laissée sans lendemain chez Marc, mais il va plus loin que Matthieu : « Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C’étaient Marie-Madeleine, Jeanne, et Marie, mère de Jacques ; les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose aux apôtres. Mais ces propos leur semblèrent délirants et ils ne les croyaient pas. » (Lc 24,9-11). Décidément, la Résurrection, même à la une, n’est pas promise à un succès foudroyant… Qui a vraiment envie de vivre ? de survivre ? de ressusciter ? A quoi bon évoquer un dernier jour si le premier n’est pas encore levé ?
Père Damien Noël

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