Homélie 1er dimanche de Carême le dimanche 18 février à St Paul

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Aujourd’hui nous accompagnons Jésus dans le désert. A propos du désert, j’aimerais vous raconter ce conte qui se déroule justement dans un désert.

C’est l’histoire de deux amis qui marchent dans le désert. A un moment ils se disputent et l’un des deux donne une gifle à l’autre. Ce dernier est profondément blessé mais il ne dit rien, par contre, il écrit dans le sable : « Aujourd’hui mon meilleur ami m’a donné une gifle. »

Ils continuent à marcher puis trouvent une oasis, dans laquelle ils décident de se baigner. Mais celui qui avait été giflé commence à se noyer. Heureusement, son ami, celui qui l’avait giflé, le sauve. Finalement il reprend ses esprits. Et après ce sauvetage, il écrit dans la pierre : « Aujourd’hui mon meilleur ami m’a sauvé la vie. » Celui qui avait donné la gifle et avait sauvé son ami lui demande : « quand je t’ai blessé tu as écrit sur le sable, et maintenant tu as écrit sur la pierre. Pourquoi ? »

L’autre lui répond : « Quand quelqu’un nous blesse, nous devons l’écrire sur le sable, où les vents du pardon peuvent l’effacer. Mais quand quelqu’un fait quelque chose de bien pour nous, nous devons l’écrire dans la pierre, où aucun vent ne peut l’effacer ».

Apprends à écrire tes blessures dans le sable et à graver tes joies dans la pierre. Apprends à cultiver dans ta mémoire le bien que tu as reçu, pour ne pas être submergé par le mal qui t’a blessé. C’est la sagesse de cette histoire.

Qu’est-ce que Jésus a pu bien écrire dans ce désert où il a passé 40 jours ?

« Tu es mon fils bien aimé ». Juste avant l’évangile que nous avons écouté ensemble ce dimanche se trouve justement l’évangile du baptême de Jésus. Ces deux évangiles sont inséparables.

« Jésus fut baptisé dans le Jourdain par Jean. Aussitôt, remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendre vers lui, et une voix se fit entendre : ‘Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur’. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert. » Tout ceci est dit d’un seul mouvement. Aussitôt après le baptême, l’Esprit descend sur lui, lui révèle qu’il est le Fils bien-aimé de Dieu, et le pousse au désert.

« Tu es mon Fils bien aimé ». Pour contempler l’amour de ce Père, pour comprendre ce que c’est qu’être pleinement le fils de ce Père, Jésus a besoin de faire l’expérience de ces quarante jours de solitude et de prière. Avant d’être plongé dans le monde, avant d’être submergé par les appels des hommes, par leurs souffrances, avant d’être livré aux demandes– et aux mains – des hommes, il lui faut du temps pour approfondir et goûter dans la solitude qu’il est l’Aimé du Père, celui dans lequel le Père met toute sa confiance, tout son amour, celui qui aura à proclamer ce dont il fait lui-même l’expérience. « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche ».

Ce temps du désert est aussi, nous dit l’Evangile, celui de la tentation. « Dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan ». Marc ne dit rien, dans ce passage, de la nature des tentations de Jésus. Il faut lire les autres Evangiles, pour découvrir les tentations dans toutes leurs dimensions. Jésus sera maître de toutes ces tentations, parce que justement il est profondément enraciné dans cet amour de son Père, parce qu’il a marqué sur la pierre de son cœur qu’il est le « fils bien-aimé du Père ». Et chaque tentation de Satan sera repoussée par une Parole de l’Ecriture que Jésus a assimilée, qu’il a faite sienne.

Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si le Fils de Dieu, pour se préparer pleinement à sa mission, a dû vivre longuement dans la solitude et la prière, combien n’avons-nous pas nous aussi à sortir du vacarme qui risque de nous étourdir, à prendre de la distance par rapport à tout ce qui emplit nos journées, accapare notre attention, et nous détourne peut-être de l’essentiel ! Combien n’avons-nous pas nous aussi besoin d’écrire en lettres d’or cette alliance que le Seigneur fait avec nous, comme il l’a faite avec son Fils ! Ce temps du carême est pour nous l’occasion de prendre un peu de recul avec toute notre vie, avec sa course folle, et de nous recentrer sur Celui qui nous donne le Souffle et l’Etre, Celui qui nous aime, Celui qui a fait une alliance indéfectible avec nous.

Dans ce retrait, nous aurons aussi à affronter nos démons, nos tentations, nos peurs, nos attachements qui nous retiennent et nous empêchent d’aller de l’avant, mais nous puiserons dans l’amour du Père qui nous conduit à la paix la force de rejeter toutes ces fausses voix. Nous découvrirons avec Lui son projet de paix et d’harmonie. « Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient ». Il vivait parmi les bêtes sauvages. Et celles-ci ne lui faisaient pas de mal. Cette vie pacifique au milieu des bêtes sauvages évoque un univers réconcilié, dont avaient parlé les Prophètes, d’où toute violence aurait disparu. C’est vers ce projet que nous voulons cheminer tout au long de ce temps du carême, pour que construisant notre vie sur cet Amour indéfectible de Dieu, nous puissions faire face à toutes les tentations, et construire ce monde tel que Dieu le désire.

 

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