Homélie du 5ème dimanche ordinaire dimanche à 11h à St Gratien

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« Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée », « je ne compte que des nuits de souffrance », « mes yeux ne verront plus de bonheur ».
Ce sont les mots que nous avons entendu dans la première lecture. Ce sont les mots d’un homme qui souffre. Ce sont les mots de Job. Job a tout perdu : ses enfants (7 fils et 3 filles), ses biens, ses nombreux troupeaux de moutons, de bœufs et d’ânes, sa santé, ses amis et sa réputation, et pourtant il n’a commis aucune faute, il est juste. Job représente vraiment le juste souffrant dans la Bible.
Il souffre et il n’a pas peur de le dire. Il ose crier sa souffrance à Dieu, et devant tous les hommes. Et c’est vrai qu’il vaut mieux parfois dire notre souffrance plutôt que de la garder dans notre cœur où elle grandit et nous fait encore plus souffrir. Dire notre souffrance atténue parfois en nous le mal, et nous fait du bien.
Il crie sa souffrance à Dieu, et Dieu l’écoute. Dieu ne lui dit pas de se taire. Il ne le coupe pas. Il l’écoute jusqu’au bout. Et la plainte de Job est longue : 40 chapitres. Dieu entend la souffrance de Job, il entend nos souffrances, comme autrefois aussi il a entendu la souffrance du peuple d’Israël qui était esclave au pays de l’Egypte : « Moïse, j’ai vu mon peuple humilié en Egypte, j’ai entendu ses cris de souffrance, oui je connais ses souffrances. Va donc, je t’envoie le délivrer des mains de pharaon » (Ex 3, 7s). Dieu est un Dieu qui communie à nos épreuves.
Non seulement, Dieu écoute toute la plainte de Job et sa souffrance, mais il fait même de cette longue plainte de Job un livre de la Bible. Le cri de Job devient parole de Dieu. Le cri de l’homme souffrant devient le cri de Dieu.
Dans notre évangile, nous découvrons aussi comment Dieu dans la personne de Jésus se fait proche de tous les malades.
Vous l’avez remarqué, en quelques lignes, ce texte d’Évangile fait le compte-rendu de la journée de Jésus à Capharnaüm, une fameuse journée ! Le matin, Jésus est à la synagogue. Puis dans la maison de ses amis où il guérit la belle-mère de Pierre. Le soir, au coucher du soleil, quand le sabbat est fini, on lui amène malades et infirmes, la ville entière se presse à sa porte, il guérit toute sorte de malades et chasse beaucoup d’esprits mauvais. Enfin, dans la nuit, on le retrouve en prière et il décidera de repartir pour les villages voisins.
Fameuse journée ! Et nous avons envie de dire : « C’est un bon exemple qu’il nous donne. Ne serait-ce pas quelque chose comme cela que nous aurions à faire, nous aussi, à notre manière, pour nous montrer dignes de l’Évangile ? Aller à l’Eglise pour recevoir la Parole qui fait vivre ; témoigner de la miséricorde de Dieu avec tous ceux qui souffrent ; prier le Père dans la nuit». Pourquoi pas ?
Mais, l’Évangile n’est pas un guide pratique. L’Évangile, la Bonne Nouvelle, ce n’est pas d’abord quelque chose que nous devons faire, mais c’est QUELQU’UN qui nous arrive. En lisant l’Évangile, la première question qu’il convient de se poser, c’est : « Qu’est-ce que ce récit nous dit de Jésus ? » Eh bien ! Qu’est-ce que l’Évangile de ce dimanche nous dit de Jésus ?
Connaissez-vous cette magnifique fresque de Michel Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine, à Rome ? On y voit Dieu tendant la main vers l’homme qui tend aussi la sienne. Entre les deux index, un espace. Il demeure une distance entre Dieu et l’homme. En contemplant Jésus dans l’Évangile, nous comprenons qu’il n’y a plus de distance entre Dieu et l’homme. Il est la main que Dieu nous tend.
• Il a pris la main de la belle-mère de Pierre, et la fièvre la quitta. …
• Il a pris la main du paralytique : « Lève-toi et marche ».
• Il a tendu la main aux exclus et aux méprisés.
• Il a serré la main des publicains et des pécheurs avant de s’asseoir à leur table.
• Il a posé la main sur le lépreux réputé intouchable.
• Et sa résurrection est l’ultime main tendue de Dieu pour que tout homme ait la vie.
Oui, en lisant l’Évangile, nous apprenons qui est Jésus. Il est la main que Dieu nous tend. Il est celui que Dieu a envoyé dans le monde pour guérir et sauver tous les hommes. C’est clairement dit déjà dans l’Évangile de ce dimanche. Avant même de parler, Jésus agit, Jésus libère. Sa vie est action et salut.
C’était hier à Capharnaüm, mais c’est aujourd’hui encore à Saint-Gratien. Nous sommes là pour qu’il nous guérisse : Oui, nous sommes nombreux, très nombreux, ce matin, à prendre la main que Dieu nous tend pour qu’il nous relève et nous guérisse.
Il est temps de conclure. Je le fais en relisant quelques mots de l’Évangile de ce dimanche. Marc écrit : « Jésus s’approcha du lit de la belle-mère de Pierre, la prit par la main, la fit se lever. La fièvre la quitta et elle les servait ». À peine guérie, la voilà à les servir.
C’est ma conclusion. Si nous sommes guéris, nous aussi c’est pour servir. Servir c’est prendre la main que Dieu nous tend, en saisissant celles qui se tendent vers nous, celles de nos proches à la maison, et d’autres mains plus lointaines. Servir, c’est combler la distance par de l’amour, par l’amour au quotidien, dans nos maisons, comme celle de Pierre, dans nos quartiers, nos Galilée d’aujourd’hui. Servir c’est donner toute sa place à « l’infinie patience de l’amour ».

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