Homélie du samedi 20/01 à St Gratien et le dimanche 21/01 à Enghien à 10h30 et 18h

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La Bible n’est pas un livre de réponses à toutes les questions que posent le monde ou la science. Etre chrétien, ce n’est pas détenir, avec la Bible, les réponses qui feraient cruellement défaut aux fidèles des autres religions ou aux non-croyants. Si la Bible contient des réponses, ce ne sont pas des réponses à des questions, mais réponses à des appels. Il y a des hommes, des femmes, qui répondent à une parole qui leur est adressée, sous la forme d’un « me voici » ou, comme c’est le cas aujourd’hui, par un engagement de toute la personne qui laisse tout pour suivre quelqu’un qui l’appelle.

Ici, la réponse donnée par les disciples ne relève pas d’une vérité toute faite, valable pour tous, pour tous les temps et tous les lieux. Ici, la réponse donnée par les disciples est une réponse qui engage l’existence, qui nous engage nous. Cette réponse, elle est possible, car nous faisons confiance à cette parole reçue, car nous nous sentons vraiment concernés par cette parole, car nous découvrons profondément dans cette parole un écho à une réalité qui était là, présente en nous, mais qui attendait des mots pour prendre chair. Répondre à cette parole, c’est répondre à cet appel à la vie présent en nous et qui est révélé par cette parole.

Ce récit autour des premiers disciples de Jésus parle de la vocation : le fait que nous sommes appelés à vivre quelque chose et que nous le vivons, effectivement. Pour certains, la vocation ce sera d’aider les personnes en difficulté (ils seront soignant, travailleur social ou pompier). Pour d’autres, la vocation sera de défendre la paix (ils seront politicien, militaire ou diplomate). Pour d’autres, elle sera d’éveiller la conscience de leurs semblables (ils seront enseignant, guide ou parent à temps complet). Et ainsi de suite. La vocation, c’est découvrir en soi ce qui nous préoccupe vraiment et en faire quelque chose à travers notre engagement, notre profession, nos paroles et nos actes.

En suivant Jésus, les pécheurs de Galilée se mettent à écrire une histoire qui sera leur réponse à l’appel à la vie, à cet appel à faire quelque chose de notre vie. Et nous, quelle sera notre réponse à cet appel à la vie ? Serons-nous capables de nous engager corps et âme dans l’aventure de la vie ?

Je parle d’aventure, car l’appel de la vie nous invite à découvrir de nouveaux aspects de la vie. Les hommes que Jésus appelle sont des pêcheurs, mais désormais au lieu de pêcher des poissons ils pêcheront des hommes. Leur vie va se transformer et leur métier va connaître un nouveau stade : ils travailleront au service de l’humanité et non plus seulement au service des consommateurs de poisson. Jésus ne disqualifie pas leur activité de pêcheur : il permet aux disciples d’exercer leur métier à un niveau supérieur. Dans d’autres contextes, on pourrait imaginer qu’on ne se contente plus de soigner des maladies, mais aussi des personnes. Qu’on ne se contente plus de livrer du courrier, mais de relier les personnes. Qu’on ne se contente plus de gérer de l’argent, mais qu’on élabore une « loi de la maison », afin que nous puissions vivre dans une maison commune. Nous ne sommes plus des pions, mais nous entrons dans un projet commun pour toute l’humanité, de façon responsable.

Ce qui me frappe, dans ce passage biblique, c’est que Jésus, par deux fois, appelle des frères. Jacques et Jean, fils de Zébédée. Et Simon et son frère André. En appelant deux fois deux frères, Jésus appelle deux fois les personnes qui ont le plus de similitudes possibles. Et c’est par eux qu’il commence à composer son groupe de 12 disciples. Mais en nommant ces deux paires de frères, Jésus affirme l’altérité irréductible de chaque individu, même par rapport à quelqu’un qui est le plus semblable qui soit.

Pour le dire en d’autres termes, nous sommes, chacun, uniques à ses yeux. Jésus ne laisse pas les disciples dans un anonymat : chaque disciple sera nommé, appelé par son nom, comme nous le faisons chaque fois que nous baptisons un jeune ou un adulte en l’appelant par son nom.

Cette singularité mise à jour ici nous caractérise. Et, le monde tel qu’il est, aujourd’hui, est le produit de ce que les êtres humains ont fait (ou n’ont pas fait), jusqu’à présent. Et parce que nous sommes, chacun, un être unique, le monde tel qu’il est, serait différent en notre absence. Pour le dire autrement, le monde actuel porte l’empreinte de chaque être. Enlevez le moindre être dans l’histoire et le monde est différent.

Un professeur d’histoire moderne à la faculté de Paris avait l’habitude de parler de « l’histoire patte de mouche ». Car ce jour est le résultat de toutes les interactions passées. Il nous faudrait une puissance d’observation phénoménale pour retrouver dans notre présent l’interaction des milliards d’êtres qui ont fait histoire. Mais l’univers garde la mémoire de nous tous et de tous ceux qui nous ont précédés, dès lors qu’ils ont accepté de mettre leur altérité, leur singularité, au service de l’histoire humaine, dès lors qu’ils ont répondu à l’appel que leur a lancé la vie pour entrer dans l’histoire.

Comme c’est la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, je termine par une citation d’un pasteur protestant du début du 19° siècle, médecin au Gabon, Albert Schweitzer a dit en méditant sur notre évangile : « Dans le premier commandement que le Seigneur a donné sur terre, un seul mot se détache : le mot « homme ». Il ne parle pas de religion, de foi, de l’âme ou d’autre chose, mais uniquement « des hommes ». « Venez et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » C’est comme s’il disait aux générations à venir : pour commencer, vous allez tâcher que l’homme ne périsse pas. Suivez-le comme je l’ai suivi, et rejoignez-le là où les autres ne le trouveraient plus, dans la boue, la bestialité, le mépris ; allez à lui et soutenez-le jusqu’à ce qu’il redevienne un homme. »

Appeler l’homme à s’affirmer comme être unique, c’est ce que fait le Christ en appelant personnellement ses disciples. Engager notre responsabilité dans les affaires du monde, y apporter ce qui n’appartient qu’à nous, et rendre le monde unique en son genre. Telle est notre divine vocation.

Amen

 

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