Un verbe qui revient trois fois dans l’histoire des mages : « se prosterner »

  • « Nous sommes venus nous prosterner devant lui. » (les mages)
  • « Il faut que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » (Hérode)
  • « Ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui.» (les mages)

Un verbe que l’on traduit aussi parfois par : « adorer » ou « rendre hommage ».

Trois questions :

  • De quel geste s’agit-il exactement ?
  • Qui se prosterne devant Jésus, dans l’Evangile ?
  • A quoi les mages nous invitent-ils aujourd’hui, en se prosternant devant l’enfant Jésus ?

 

« Se prosterner »

Une attitude que l’on retrouve souvent dans la Bible. Le geste de la « prostration » dit l’abaissement (volontaire ou spontané) devant la grandeur d’un plus fort (NB/ ce geste existe aussi dans le monde païen : on se prosterne devant le Roi, devant une divinité…)

Cf. Ezéchiel devant la grandeur et la sainteté de Dieu : « Je regardai et me jetai face contre terre » (Ez 1,28) = une réaction face à la proximité de Dieu ; le croyant est comme anéanti par la grandeur de Dieu et la conscience de sa propre fragilité, de son péché

Cf. aussi Saül qui « tombe à terre » (Ac 9,4) au moment où Dieu le rejoint sur le chemin de Damas (= comme les mages devant l’enfant Jésus !)

  • Se prosterner = un geste extérieur qui traduit une attitude intérieure (= la reconnaissance d’un pouvoir supérieur et le sentiment de l’indignité, de la faiblesse…)

L’étymologie du terme grec (« pros / kuneo » = « devant, tourné vers / baiser, embrasser ») signifie aussi le besoin d’entrer en contact avec la divinité, le besoin de toucher.

  • Se prosterner = un geste qui signifie aussi l’amour, et pas seulement le respect craintif !

Dernière remarque : dans la Bible, ce geste doit être réservé à Dieu seul : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu ; tu ne te prosterneras devant aucune idole » (Ex 20).

  • Se prosterner = le geste d’adoration dû à Dieu seul. Quand les mages se prosternent devant l’enfant Jésus, c’est une manière de dire qu’ils reconnaissent sa divinité.

 

Qui se prosterne devant Jésus ?

Il n’y a pas que les mages qui se prosternent devant l’enfant Jésus. A la crèche, on représente souvent Marie à genoux devant l’enfant, mais aussi les bergers en adoration.

Il y a aussi beaucoup d’autres passages de l’Evangile où des personnes se prosternent devant Jésus :

  • Surtout après sa Résurrection (c’est le signe clair de sa divinité), par exemple les femmes au tombeau : « Elles s’approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui. » (Mt 28,9)
  • Mais aussi au cours de sa vie, par exemple les disciples dans la barque, qui sont rejoints par Jésus marchant sur la mer : « Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : ‘Vraiment, tu es Fils de Dieu !’ » (Mt 14,33)
  • Ainsi, tous ceux qui perçoivent la divinité de Jésus sont conduits à se prosterner devant lui.

 

Et nous ?

Nous sommes invités par les mages, nous aussi, à nous prosterner devant Jésus, d’une manière ou d’une autre.

Notre culture française est très intériorisée, pudique, corporellement peu démonstrative. Or, il ne faut pas oublier que c’est bien tout notre être qui prie et adore Jésus. Par le baptême, c’est notre être tout entier (corps, âme, esprit), qui est consacré à Jésus et doit lui rendre l’hommage de sa divinité.

  • Le geste des mages, qui se prosternent devant Jésus, nous appelle à unifier nos gestes extérieurs et notre foi, à « habiter » davantage nos attitudes corporelles.

La liturgie prévoie cela, par exemple, au moment de la consécration du pain et du vin : certains se mettent à genoux, d’autres s’abaissent devant le Corps du Christ. C’est un geste d’adoration. A chaque messe, nous rendons hommage à Jésus, nous joignons notre adoration en une seule adoration au Christ, et, par le Christ, au Père.

  • A chacun de trouver les gestes de l’adoration qui lui plaisent pour dire à Jésus sa gratitude, son amour ; pour reconnaître sa propre petitesse et son besoin de salut. Que ce soit dans la prière communautaire ou la prière personnelle, à l’église ou chez soi.

Père Edouard George

 

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