Homélie messe de la messe de la nativité du Seigneur 24/12/17

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À deux reprises, le texte nous dit que l’essentiel est là : « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. », au début, et à la fin de l’histoire de la naissance de Jésus (Luc 2, 7. 12.). L’ange nous dit qu’il y a là LE signe, le signe essentiel qui nous permettra de saisir ce salut que Dieu nous donne en Jésus-Christ. Qu’est-ce que cela veut bien dire pour notre existence ?

  • Un bébé : c’est pourtant assez ordinaire, il en naît un toutes les 30 secondes en France,
  • Un bébé emmailloté, c’est assez normal aussi,
  • Un bébé dans une mangeoire, c’est plus étrange, mais pas tant que ça, dans une ville envahie par une foule inhabituelle qui se loge un peu partout.

Un signe bien banal, voilà ce que nous propose cette page d’Évangile. Bien souvent l’extraordinaire est à reconnaître dans la banalité de notre vie. Ouvrons les yeux comme ces bergers qui savent reconnaître dans leur monde l’extraordinaire salut donné par Dieu. Ouvrons les yeux comme Moïse qui se détourne pour reconnaître la présence même de Dieu dans un simple buisson. Notre vie toute simple connaît également ces gestes de Dieu pour transformer notre existence. Sachons ouvrir les yeux et rendre grâce pour ces petites et grandes choses qui nous arrivent, pour telle personne qui a été pour nous un ange, pour une nouvelle qui nous ouvre à l’espérance de Dieu…

Ouvrons les yeux sur ce signe qu’est l’enfant Jésus emmailloté et couché dans une mangeoire, il y a là un triple signe qui nous parle du salut de Dieu pour nous.

D’abord : ce salut est comme un bébé.

Ne nous désespérons pas si notre foi est encore peu active. Ne désespérons pas s’il y a des choses qui ne vont pas dans notre vie, s’il y a de la maladie, de la souffrance, de l’égoïsme, de la honte et de l’angoisse, des trahisons et fautes… Le salut de Dieu est comme un bébé minuscule à reconnaître dans une foule immense. Mais la présence-même de ce bébé change tout, rattrape tout, transforme tout, l’emporte sur tout.

Chacun de nous est une merveille, nous dit sans cesse l’Évangile de Jésus-Christ. Dieu met en nous quelque chose d’unique et de merveilleux qui peut grandir comme un petit bébé. Dieu est présent, au moins en germe, en tous, en chacun de nous. Il y a comme un minuscule bébé christ qui ne demande qu’à grandir et à aimer, qui ne demande qu’à vivre et à être source de vie. Ce bébé est en nous, ne sommes-nous pas parfois capable d’aimer un peu ? Ne sommes-nous pas nous-mêmes parfois surpris par une générosité qui ne nous dépasse ?

Le bébé est un signe : ne désespérons pas. Le salut de Dieu est comme un bébé en nous. Dieu voit cette merveille qui en nous, même si c’est une toute petite étincelle de foi, une toute petite capacité à aimer, à croire, à espérer, toute petite comme un bébé dans un monde immense, comme ce bébé Jésus au milieu des guerres de l’empire romain. Dieu voit cette infinie valeur qui nous habite, et il s’en réjouit.

Un bébé emmailloté, c’est le 2e signe

Marie est l’image même du croyant. Son bébé, cette merveille, elle ne l’oublie pas, elle ne l’abandonne pas sans soins. Elle s’en occupe, le protège, le nourrit, le réchauffe.

Ce bébé Jésus est pour nous le signe de cette part divine que Dieu a mise au plus profond de notre être, une capacité à aimer, à espérer et à être fidèle à Dieu, notre Père. Cette part divine qui nous habite est comme un nouveau-né qui doit être soigné. Ce petit début de foi que nous avons, il faut s’en occuper, l’emmailloter, le protéger, le réchauffer, le nourrir. C’est ce que nous faisons ce soir, par exemple : en venant ici à cette veillée de Noël : nous nous occupons de notre être spirituel. Nous protégeons, soignons, nourrissons cette foi et cette espérance que nous avons.

Comme Marie, sachons reconnaître, protéger, soigner ce qu’il y a d’excellent en tout homme, cette part qui est de l’ordre du Christ, cet enfant de Dieu capable d’aimer, capable d’espérer, capable de fidélité envers Dieu.

Le troisième signe est de reconnaître que le bébé emmailloté est dans une mangeoire.

Le 1er signe était de savoir reconnaître la part de vie divine que Dieu a mise dans notre cœur, comme dans ceux que nous rencontrons. Le 2e signe est d’en prendre soin. Le troisième signe est de reconnaître l’enfant déposé dans une mangeoire. Jésus, le salut de Dieu, est déposé dans une mangeoire, comme une nourriture offerte. Il y a là encore quelque chose de très applicable dans notre existence.

D’abord Jésus de Nazareth n’a pas seulement une importance historique, mais sa personne, ses paroles, sa vie tout entière doivent être pour nous comme une nourriture. Le Christ est fait pour que nous le prenions et que nous l’assimilions dans notre être, qu’il nous donne de la force, qu’il soit nourriture pour notre foi, pour notre façon d’être et d’espérer, qu’il transforme en profondeur notre façon de voir la vie, l’humain et Dieu.

Mais ce bébé dans une mangeoire nous invite également à manger la vie divine qui est présente dans tout humain. Il ne s’agit pas de dévorer les autres à la manière des fauves, ni à la manière de notre monde, où chacun essaye de manger l’autre pour lui prendre sa place et sa vie. Non, il s’agit de nous nourrir de l’amour que nous donne une personne, d’assimiler son témoignage, de nous réjouir de sa joie, de sa vérité d’être, de son espérance… En faisant cela nous nous enrichissons mais sans rien retirer à la personne qui nous donne ainsi la vie, bien au contraire. En reconnaissant dans l’autre sa part divine nous lui faisons un bien extraordinaire et nous nous faisons un bien extraordinaire.

Jésus est le signe de ce Dieu qui est avec nous et qui est tout, en tous, en chacun. En tous, un même Seigneur est présent ne serait-ce que comme un tout petit bébé à nourrir et qui nous nourrit, un petit bébé à protéger et qui nous donne la vie.

Qui accueille cet enfant accueille le Christ lui-même. Quiconque le visite et le nourrit se laisse visiter par le Christ et nourrir par le Christ lui-même, éternellement présent à nos côtés chaque jour.

Amen.

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