Homélie du 4ème dimanche de l’Avent le samedi 23 décembre

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Historiquement, la conception miraculeuse de Jésus nous pose question, voire déclenche chez certains des sourires. Pourtant, cette tradition chrétienne d’une conception virginale de Jésus est pleine de sens. De deux choses l’une, soit le fait est historique et ce n’est alors pas pour rien que Dieu a pris la peine de faire ce miracle, c’est pour nous donner un signe du salut qu’il offre à tous. Soit le fait n’est pas historique, et alors nous avons ici une des premières prédications chrétiennes sur la Bonne Nouvelle que le Christ veut faire jaillir dans nos vies. Cette histoire de conception miraculeuse gagne à être prise vraiment au sérieux. Le récit de Luc nous montre comment le Christ arrive dans chacune de nos vies, comment une vie nouvelle peut naître dans notre histoire humaine, qui souvent paraît sans issue ou qui semble se répéter, comme le dit l’Ecclésiaste, « il n’y a rien de nouveau sous le soleil ». De même que l’Esprit de Dieu met justement de la vie dans le corps de Marie, de même l’Esprit de Dieu veut féconder nos humbles existences, si fragiles et limitées soient-elles.

Pour prendre la mesure du sens de ce texte, il faut prendre un peu de recul car, bien entendu, il y a peu de chance que la vocation que Dieu nous adresse soit de concevoir miraculeusement un bébé, surtout à nous, les humains de sexe masculin, qui sommes bien mal équipés pour ce genre de vocation. Mais comme Marie, l’Esprit nous appelle certainement à donner naissance à une vie nouvelle qui dépasse notre fragilité, qui dépasse notre histoire passée et présente.

La fécondité humaine nécessite deux réalités différentes, l’union d’un principe masculin et d’un principe féminin. S’il manque un des deux sexes, on a toutes les chances d’être stérile. Ici, pour que Jésus puisse prendre vie en Marie, le 1er principe est humain et le 2nd principe est divin, nous disent l’Évangile selon Luc. C’est cette interaction entre la réalité humaine et la réalité divine qui est à l’origine de la conception de cet être nouveau qu’est Jésus, qui est ainsi à la fois fils de Dieu et fils de l’homme.

Notre existence est ainsi faite pour être fécondée par l’interaction permanente entre la dimension spirituelle qui vient de Dieu et nos dimensions biologique, intellectuelle, sociale, artistique ou matérielle qui nous viennent de l’homme. C’est de cette union que naît quelque chose qui est source de salut pour nous et pour ceux qui nous entourent, quelque chose qui porte la vie éternelle, quelque chose qui peut aimer même unilatéralement, quelque chose qui peut espérer au-delà de tout espoir, quelque chose qui peut être d‘une fidélité à toute épreuve, quelque chose qui vit et qui ressuscite…

Une vie qui ne s’intéresserait qu’à la dimension matérielle serait stérile. Cette vie purement terrestre chercherait à se sauver d’une manière touchante mais un peu ridicule, tentant d’oublier le vieillissement inexorable de notre corps, ou peut-être en se réfugiant dans l’activisme, ou dans la possession matérielle, se donnant ainsi une illusoire impression de valeur personnelle. Cette attitude est à la fois stérile et frustrante. Face à une telle misère, Dieu a de la compassion.

À l’autre extrême, les religions et les philosophies niant la véritable dignité du principe matériel de notre personne conduisent également à une vie stérile, à une vie mutilée, se réfugiant dans la contemplation pure alors que le Christ nous appelle à vivre dans le monde en aimant Dieu, bien entendu, et de tout notre être, mais également en aimant notre prochain comme le Christ nous a aimé.

Marie est l’exemple même du croyant, elle accepte de se laisser féconder par l’Esprit de Dieu : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon sa Parole ».

Cette image de la fécondation sexuelle pour parler de ce que Dieu nous apporte, cela peut sembler un peu trivial. Mais là encore, cela montre l’immense valeur de notre dimension biologique, puisque la procréation physique est digne de servir d’image pour rendre compte du salut de Dieu, ce salut ultime qu’il nous donne en Christ ! Cette façon d’évoquer le salut de Dieu se retrouve tout au long de la Bible, dans le Cantique des Cantiques où il est souvent question de Dieu comme d’un Bien-aimé et de l’humanité comme d’une Bien-aimée qui attend d’être fécondée par son Bien-aimé. C’est le sens de l’Évangile quand le Christ nous invite à être comme des vierges qui se préparent à accueillir l’époux, ou quand il compare la Parole de Dieu à une semence qui doit féconder notre existence.

Cette image est un peu osée mais elle est une bien meilleure image de l’alliance entre Dieu et l’homme que celle d’un roi et son peuple. En effet, la relation de l’homme et de la femme est normalement basée sur l’amour, sur un choix profond de chacun des époux. Or, c’est par amour que Dieu nous a ainsi choisi, personnellement, individuellement. Cette alliance du couple rappelle ainsi la grâce de ce Dieu qui nous aime en dépit de tout et qui nous reste fidèle pour toujours, souvent comme un amoureux transi, déçu, mais toujours aimant.

Et dans cet amour, chacun se fait par humilité le serviteur de l’autre, comme nous le voyons dans le récit de Luc. Dieu dit son amour à Marie et lui promet de l’accompagner où elle voudra aller.

Nous pouvons refuser son amour, mais nous pouvons aussi accepter, comme Marie, que notre existence soit fécondée par Dieu. Notre personnalité n’est pas du tout niée dans cette union. Comme un enfant tient à la fois de ses deux parents, l’action de Dieu dans notre vie ne remplace pas notre personnalité, elle la féconde. Et ce nous-mêmes qui naîtra de cette union est effectivement un être nouveau, mais c’est en même temps la chair de notre chair, il tient de nous-même et il a reçu de Dieu quelque chose de vraiment neuf. Quelque chose que nous n’aurions jamais pu devenir par nous-mêmes.

C’est ce que nous Luc dans ce récit : tandis que Jésus parlait, une femme, éleva la voix dans la foule, et lui dit : « Heureux le ventre qui t’a porté ! Heureux les seins qui t’ont allaité ! » Jésus répondit : « Heureux, encore plus, ceux qui écoutent la Parole de Dieu, et qui la gardent ! » (Luc 11, 28).

Ce bonheur, ce bonheur d’accueillir la dimension divine en nous, sa Parole, ce bonheur d’être fécondée par elle, ce bonheur d’être un homme nouveau, c’est déjà la joie de Noël.

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