Homélie du 2ème dimanche de l’Avent le dimanche 10/12 à St Ferdinand et Enghien

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Les évangiles nous donnent des détails assez étranges et rigolos sur Jean-Baptiste. Là où il habite : le désert. Comment il est vêtu : de poils de chameaux et d’une ceinture en cuir. Et son régime : il ne mange que des sauterelles et du miel sauvage.

Pourquoi nous donner tous ces détails ? En quoi cela nous intéresse ? Jean-Baptiste est là nous dit l’évangile selon Marc pour préparer notre chemin, pour nous aider à accueillir Jésus dans notre vie. Mais alors, en quoi tous ces détails nous aident à préparer la venue du Seigneur dans nos vies ? Reprenons-les un à un, et commençons par le désert.

« Le désert ». Le mot « désert » n’indique pas simplement un lieu sec et aride ou un lieu où il n’y a personne. Le désert, où Jean vit, fait référence à une des histoires les plus connues de la Bible : l’histoire de Moïse et du peuple hébreu libéré de l’esclavage en Égypte en marche vers la Terre Promise. Et cette marche se fait dans le désert, où les hébreux sont nourris par Dieu de pain (la manne) et nourris aussi de sa Parole (Moïse y rencontre Dieu, et apprend quantité de choses de lui, sur lui, sur la vie).

Jean nous replonge dans cette histoire. Il invite chacun à se plonger dans cette histoire, à vivre pour soi-même cette libération, à vivre cette rencontre avec Dieu, être enseigné et nourri par lui, à être conduit jusqu’à la vie. Ou en tout cas à attendre cela, à savoir que Dieu veut nous l’apporter et que c’est en Christ que nous le vivrons, que je le vivrai, moi et chacun d’entre nous.

Aller dans « le désert ». En somme, pour préparer notre chemin de vie, il est bon de prendre ce temps de désert, temps de silence, de retrait en dehors du bruit, des distractions, effort pour sortir des discours convenus, sortir de ce que l’on a toujours pensé et dit sur Dieu, sur la vie, sur nous pour se mettre à l’écoute d’une voix plus intérieure, plus profonde, celle du Seigneur.

Que signifie maintenant son curieux look ? « Poils de chameau et ceinture de cuir ». Jean ne cherche pas à lancer une nouvelle ligne de vêtement. Alors que veut-il nous dire ?

Ce vêtement en poils est un renvoi à une vieille histoire de la Bible, celle d’Ésaü et Jacob (Gn 25, 25). Rappelez-vous. Ésaü était, dès sa naissance, poilu comme un singe. Il est la figure de notre dimension animale. Son jumeau Jacob est la figure de notre dimension spirituelle, apparemment faible mais qui doit avoir dans notre bénédiction la première place même si notre Ésaü évoque aussi une bonne dimension, bénie et sainte.

Jean-Baptiste nous apprend que nous sommes encore un peu des Ésaü, que nous sommes encore un peu sauvages et violents, et il nous invite à la conversion, au cheminement pour permettre à notre dimension spirituelle de prendre toute sa place. Jean-Baptiste nous invite donc à bien voir où nous en sommes, à bien ajuster les multiples dimensions de notre être, animale et spirituelle, à hiérarchiser nos priorités. Bien entendu pas pour mépriser notre dimension animale, au contraire. Mais, pour harmoniser toutes nos dimensions, et pour que notre dimension spirituelle maîtrise intelligemment notre dimension animale.

La ceinture de cuir de Jean-Baptiste représente une force dont il nous appelle à nous armer. Cette seconde pièce de l’habillement de Jean fait référence à l’histoire d’Adam et Ève. Quand ces derniers ont eu le projet de se prendre pour dieu à la place de Dieu, ils vont très mal. Dieu leur donne alors un bout de vêtement en cuir pour les couvrir, en signe de pardon, en signe de paix, pour les aider à vivre et avancer. Même si nous étions les pires des mauvais, complètement ennemis de Dieu comme Adam et Ève, cette histoire de bout de cuir nous dit que nous pouvons compter sur le pardon et l’aide de Dieu. C’est une grande force pour continuer notre route.

Mais il faut de la nourriture pour franchir le désert. Jean a un menu tout trouvé : « Sauterelles du chef et son miel sauvage ».

Souvenons-nous que nous sommes invités à vivre comme les hébreux un chemin de libération dans le désert. Eux, c’était d’Égypte jusqu’à la Terre Promise. Nous, c’est donc depuis l’esclavage de notre animalité jusqu’à la promesse d’être vivant grâce au Christ.

Dans ce trajet des hébreux, il est précisément question de sauterelles (au début) et de miel (à la fin).

Dieu envoie des sauterelles pour libérer les hébreux en faisant plier l’horrible pharaon qui les transformait en esclaves. Les sauterelles dévastent ses précieuses récoltes. Jean-Baptiste nous propose de nous nourrir de cette méthode : affamer ce qui nous empêche d’avancer. Travailler en amont du problème qui nous enchaîne. Ce n’est pas toujours facile avec nos propres forces d’affamer ainsi notre faiblesse, notre colère, notre frustration, nos rancunes… Mais avec l’aide de Dieu, qui fait des prodiges dans ce domaine, oui.

Et nous nourrir aussi de miel. C’est l’aliment par excellence de la Terre Promise. Tout au long du trajet, Dieu donne aux hébreux un avant gout de la Terre promise avec la manne qu’il fait pleuvoir le matin et qui a le goût de gâteau au miel, nous dit la Bible.

Assaisonner nos sauterelles de bon miel. D’abord, ça fait passer la sauterelle, j’imagine un peu amère. Mais plus profondément, cela nous aide à travailler à la fois sur notre origine et sur notre but, compter sur Dieu pour briser ce qui nous enchaîne encore ; et déjà nous nourrir de l’aliment de la vie éternelle. Car nous sommes en chemin dans le désert, mais nous avons encore un pied en Égypte et déjà un pied en Terre Promise. Jean essaye de nous faire saisir cette réalité ambiguë de la condition humaine. A la fois Ésaü par notre naissance et déjà Jacob par la bénédiction de Dieu. À la fois Adam rebelle contre Dieu et pourtant déjà ressuscité en Christ. Encore en chemin dans un désert tout sec mais alimenté par la source intérieure de l’Esprit et nourri du miel de la Parole de Dieu. À la fois faible et retombant sans cesse mais fort de l’amour et du pardon de Dieu.

Avec tout cela, nous pouvons tranquillement avancer à notre rythme, au pas chaloupé du chameau. Nous sommes chez nous dans ce désert où Dieu nous accompagne.

Amen

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