A propos de la nouvelle traduction du Notre Père :

« Ne nous laisse pas entrer en tentation »

 

Saint Augustin : « Dans son voyage ici-bas, notre vie ne peut pas échapper à l’épreuve de la tentation, car notre progrès se réalise par notre épreuve ; personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s’il n’a pas rencontré l’ennemi et les tentations. » (Homélie sur le Psaume 60)

L’épreuve de la tentation fait partie de la vie humaine. Le combat spirituel fait partie de la vie chrétienne. Impossible d’y échapper ! Cette épreuve de la tentation, à la fois simple et complexe, est liée à notre liberté. Cette dernière peut être tentée, de multiples manières, de s’orienter vers un mal déguisé en bien, et de quitter ainsi le chemin du Seigneur.

C’est pourquoi Jésus, dans la prière du Notre Père, enseigne à ses disciples une demande spécifique qui concerne le combat spirituel contre la tentation.

Plusieurs difficultés entourent la traduction de cette demande, et ont conduit, dans un passé récent, à avoir plusieurs traductions liturgiques en français. Une difficulté majeure réside dans le fait qu’il n’y a qu’un seul terme en grec pour « tentation » et « épreuve » (l’Evangile est écrit en grec). Toute épreuve n’est pas une tentation (ex : passer son bac est une épreuve, pas une tentation), mais l’épreuve peut devenir une tentation (ex : je peux vouloir réussir sans Dieu) et toute tentation est une forme d’épreuve particulière.

Or, si Dieu permet que nous soyons « éprouvés » (et cela peut être le lieu d’une croissance dans le bien), en aucun cas on ne peut dire que Dieu « tente » l’homme (cf. Jc 1,13 : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu », Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. ») Nous comprenons alors pourquoi l’Eglise a décidé de changer la traduction précédente du Notre Père : « Ne nous soumets pas à la tentation » (qui pourrait laisser penser que Dieu est lui-même un tentateur) en : « Ne nous laisse pas entrer en tentation » (qui montre au contraire l’aide que Dieu peut nous donner dans l’expérience de la tentation).

En réalité, il ne s’agit pas d’opposer les traductions du Notre Père entre elles, mais de montrer comment chacune d’elles jette une lumière sur l’expérience universelle de la tentation. Reprenons maintenant les trois dernières traductions françaises, pour voir comment elles éclairent la réalité de notre combat spirituel au sein de l’épreuve de la tentation.

 

La demande du Notre Père

 

L’enjeu

= le combat spirituel

La grâce demandée

Les moyens à mettre en œuvre

« Ne nous soumets pas à la tentation. »

 

= « Aide-nous au sein de la tentation. »

 

(et non pas : « »Ecarte de nous la tentation. »)

 

Accepter que la tentation fasse partie de la vie chrétienne (ex : tentation contre la foi ; tentation du découragement).

 

Et ne pas douter de la présence de Dieu au milieu de nous.

Vivre l’épreuve de la tentation en étant uni au Christ, victorieux de toute tentation. L’acte d’humilité = la reconnaissance de notre fragilité et de notre besoin de l’aide de Dieu (la seule véritable force !!)
« Ne nous laisse pas entrer en tentation. »

 

= « Aide-nous à ne pas consentir au péché, lorsque nous sommes tentés. »

Ne pas laisser de prise au mal.

Il s’agit ici du moment initial de la tentation : commencer à entrer en résonance avec la tentation est déjà un péché (ex : la vengeance qui se prépare ; la dégringolade dans l’impureté).

 

Eviter de nous laisser enfermer par le Tentateur, de nous laisser entraîner sur la pente glissante.

 

La prudence = connaître nos faiblesses ; anticiper les occasions de péché ; combattre dès le début.

 

La prière, surtout (cf. Mt 26,41 : « Veillez donc et priez, pour ne pas entrer en tentation. »)

« Ne nous laisse pas succomber à la tentation. »

 

= « Aide-nous à ne pas désespérer de Dieu et de nous. »

Quand nous sommes entrés dans la tentation, prendre conscience du mal commis, sans désespérer (la dernière tentation est de désespérer de Dieu et de soi). Regarder le mal commis dans la vérité et l’ouverture à la miséricorde du Seigneur. L’examen de conscience = discerner l’amertume du péché ; et l’appel de Dieu à la conversion.

 

La miséricorde du Seigneur = pour Dieu, rien n’est jamais perdu !

 

 

Père Edouard George

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