Homélie du 32ème dimanche ordinaire à St Ferdinand le dimanche 12/11/17 à 10h et 18h à Enghien

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Préparer de « l’huile » : préparer les conditions de la rencontre avec le Christ.

 

La foi ne tombe pas du ciel ! Ou plutôt : la rencontre avec le Christ se prépare. Il est nécessaire que soient présents certaines conditions, certains éléments, pour que cette rencontre puisse avoir lieu.

Nous pouvons lire la parabole de l’Evangile de ce jour, avec les jeunes filles prévoyantes et les jeunes filles insouciantes, sous l’angle de la préparation de la rencontre de chacun de nous avec l’époux, le Christ. Dans la parabole, il est question de préparer la venue de l’époux. Il est question d’attente, de veille. Et dans cette préparation, le rôle de « l’huile » (indispensable pour que brille la lampe, la lumière de la foi) est capital. Cette huile pourrait symboliser tous les éléments de notre vie humaine qui préparent l’accueil du Christ : les éléments « pré-religieux » (humains, antérieurs à la foi) qui rendent ou non possible la rencontre avec le Christ (cette rencontre est la foi) :

  • « emporter de l’huile » signifierait alors : réunir les conditions de possibilité de la foi, qui rendent effectivement capable d’accueillir le Christ ;
  • et « manquer d’huile » signifierait : manquer des conditions concrètes pour que cette rencontre puisse se réaliser, pour que la foi puisse grandir.

Quelles sont ces « conditions », antérieures à la rencontre avec le Christ, qu’il ne faut pas manquer, sous peine de rater la venue de l’époux ?

Donnons quelques idées, en suivant les 5 jeunes filles de l’Evangile :

 

Les jeunes filles prévoyantes

(celles qui emportent de « l’huile »)

 

Les jeunes filles insouciantes

(celles qui manquent d’huile)

1)      le rapport au temps

la disponibilité

 

= des temps réguliers de silence extérieur, de coupure du bruit et des images ; du temps gratuit, qui dure, pour des activités plus contemplatives, pour la rêverie (la jachère, l’ennui…)

la saturation

 

= le trop-plein d’activités, d’images, de conversations, de relations ; l’optimisation permanente du temps (quand le temps est toujours « utile »), la vie dans l’instantané…

 

ð  comment l’époux peut-il venir à ma rencontre si je n’ai jamais de temps disponible pour lui ?

 

2)      le rapport à soi

l’intériorité

 

= l’attention à ce qui se passe en nous (le « dedans ») : la mémoire, la relecture de ce qui nous arrive, le mouvement des émotions et de l’affectivité, la découverte du « cœur profond »…

l’extériorité

 

= l’enchaînement sans fin de nouveautés, sans goûter ce qui advient, sans relire / relier les événements, en fuyant les « grandes questions »…

 

ð  si je suis toujours « à l’extérieur de moi-même », comment découvrir le Christ, qui est « plus intime à moi-même que le plus intime de moi-même » (St Augustin) ?

 

3)      le rapport au monde

la liberté

 

= la capacité à dire « je », à faire des choix qui viennent du fond de soi-même ; la capacité à rêver en grand, à avoir des idéaux ; le sentiment d’être vraiment une « personne »

 

l’aliénation

 

= suivre le courant, suivre la masse, suivre la mode (= « qui rêve à ta place ? ») ; être écrasé par le désespoir ambiant ; être prisonnier de toutes sortes de liens qui aliènent la personnalité…

 

ð  si je ne suis pas vraiment moi-même, comment rencontrer la Personne du Christ ?

 

4)      les relations aux autres

le soin

 

= le temps passé pour établir des relations de qualité ; l’écoute et l’attention aux autres ; la fidélité à la parole donnée et aux engagements pris ; le pardon reçu et donné…

 

la négligence

 

= le manque de soin apporté aux relations ordinaires ; le refus de faire des efforts pour les autres ; le manque de patience, de bienveillance, de miséricorde…

 

ð  comment rencontrer Jésus si je ne sais pas d’abord rencontrer mes semblables ?

 

5)      le sens de la vie

le don de soi

 

= le dévouement pour les autres ; le service des personnes dans les activités ordinaires…

 

la fermeture sur soi

 

= l’égoïsme ; la recherche effrénée de jouissance, de plaisirs…

 

ð  si je ne sors jamais de moi-même, comment pourrai-je reconnaître Celui qui vient à ma rencontre ?

 

 

NB/ dans toutes ces « conditions » humaines qui préparent ou non la rencontre avec le Christ, il y a une forte influence culturelle (= la culture environnante, qui nous façonne en partie). Il ne faut pas s’y résoudre, et continuer à préparer de l’huile pour nos lampes !

Père Edouard George

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