Homélie du 25e dimanche ordinaire à St Gratien le dimanche 24/9/17 à 11h

Publié le

« C’est pas juste ! » Telle est notre réaction en écoutant la parabole de Jésus aujourd’hui, telle a été la réaction des ouvriers de la première heure devant l’attitude de leur embaucheur. Pensez donc ! Les ouvriers de la 11ème heure, c’est-à-dire ceux qui n’ont fait qu’une heure de travail, reçoivent chacun une pièce d’argent. Alors ceux qui ont travaillé depuis le matin, c’est-à-dire qui ont fait 12 heures de travail, pensent recevoir chacun douze pièces d’argent (normal, une heure, une pièce d’argent ; 12 heures, 12 pièces d’argent) ! En plus ils ont supporté le poids du jour et du soleil. Mais finalement, ils n’en reçoivent qu’une seule ! Alors, ils grognent.

Dans la première lecture, Dieu nous avait prévenus : « mes chemins ne sont pas vos chemins » (Is 55, 8). D’accord, est-ce que cela veut dire que les chemins de Dieu ne sont pas praticables sur terre ?

Reprenons ensemble l’histoire de cette vigne pour découvrir ce que Jésus veut nous faire comprendre. Demandons à Jésus de nous dévoiler ce qui se cache sous l’apparence de ses propos déstabilisants. Demandons-lui par quels chemins évangéliques il veut nous faire passer aujourd’hui ?

Tout d’abord, il y a ce « maître d’un domaine ». Avant d’être provoquant dans la manière de payer ses ouvriers, il est très surprenant dans la manière de les embaucher. Dans une seule et même journée, il sort cinq fois sur la place du village pour chercher des ouvriers. Cinq fois ! Cela dit sa générosité, son zèle et son acharnement pour donner du travail à tous ! Un maître qui ne reste pas enfermé chez lui mais qui ne cesse de sortir pour embaucher, même au dernier moment… Un maître qui cherche à donner du travail même à ceux dont personne n’a voulu… Voilà qui nous renseigne déjà sur la manière de faire de Dieu : son Fils, Jésus, est toujours en chemin pour faire bénéficier du Royaume à tout le monde. Premier indice pour connaître les chemins que le Seigneur nous invite à parcourir : les chemins de Dieu rejoignent tout homme, y compris ceux que le chômage, ou la vie, rendent tristes, désœuvrés, marginalisés, sans espérance. Dieu fait confiance à tous, même aux derniers venus, à ceux qu’on n’attendait pas, à ceux qui ne s’y attendaient pas, à ceux qui désespéraient d’eux-mêmes, parce que leur entourage les méprisait. Voilà déjà des chemins qu’on aimerait voir emprunter par plus de monde aujourd’hui, des chemins de bonté et de confiance. Le psaume nous l’a rappelé : « La bonté du Seigneur est pour tous ».

La vigne ajoute un élément essentiel à ce don du Royaume. En effet Jésus aurait pu parler de champs de blé – en disant allez travailler à la moisson – ou encore évoquer des troupeaux à aller garder ou encore différents ouvrages à réaliser (lui-même, Jésus, n’était-il pas artisan, fils de charpentier ?). Mais non, Jésus choisit l’image traditionnelle de la vigne. Pourquoi ? Parce que le fruit de la vigne, le vin, permet de dire quelque chose d’essentiel au sujet du Royaume : c’est un Royaume de joie et de bonheur. Dans la culture de Jésus, comme dans la nôtre en France, le vin représente la fête et nous fait pressentir quelque chose de la fête définitive de Dieu avec l’humanité. Voilà à quoi conduisent les chemins de Dieu : la joie, le bonheur – et si l’on veut garder l’image de la vigne et du vin – jusqu’à l’ivresse ! C’est notre deuxième indice : si Dieu rejoint chacun, si Dieu se fait proche, c’est pour le conduire au bonheur et à un bonheur généreux, immense, massif. Souvenez-vous du premier miracle de Jésus aux noces de Cana, ils transforment en vin six jarres d’eau : 300 litres de vin pour une petite centaine de participants à la fête. C’est une explosion de joie. Le Seigneur nous invite donc sur des chemins qui conduisent à la joie.

Or c’est précisément sur ce chemin que les ouvriers de la première heure vont trébucher. Dans la parabole, la distribution de la paye commence par les derniers partis au travail. Surprise : ils reçoivent un salaire identique à celui qui avait été promis aux premiers partis. Cela permet à Jésus de nous faire entendre tout haut ce que les premiers pensent tout bas : « Quand vint leur tour, raconte Jésus, ils pensaient recevoir davantage. » Ils grognent – et c’est normal – mais leur grognement va transformer leur regard. Il va les dévorer. Au lieu de se réjouir de la joie des ouvriers de la dernière heure, ils vont les regarder d’un œil jaloux. Ce qui leur était apparu comme un salaire juste et même généreux au moment de leur embauche, leur semble soudain injuste lorsqu’ils voient ce que les autres ont reçu. Eux, ils revendiquent plus car ils ont fait plus.

La jalousie vient détruire la joie au fond de nos cœurs et troubler toutes nos relations. « C’est pas juste ! » Voilà des mots que nous prononçons souvent. Quand l’assiette de mon petit frère est plus remplie de frites que la mienne, quand ma mère est plus tendre avec ma jeune sœur, quand mon père prend plus de temps à dialoguer avec mon grand frère, quand à Noël le cadeau de mes frères et sœurs sont plus grands et volumineux que moi… Et nous pouvons facilement allonger la liste de nos doléances.

Cet évangile nous invite à chasser de nos vies amertumes, murmures et jalousie, pour adopter le regard de Jésus, son regard plein de bonté, son regard plein de joie, et à nous réjouir de la joie des autres et à nous réjouir aussi de ce que nous recevons les uns et les autres pour pouvoir faire développer ce que nous avons reçu de grand et de beau. « La jalousie est une grande illusion, car elle nous fait envier le chemin de bonheur des autres, au lieu de prendre le chemin de notre propre bonheur qui est un chemin unique. Elle nous fait envier les qualités des autres, au lieu d’exercer nos dons propres, qui sont uniques. Elle nous fait donc désirer ce qui ne peut pas nous rendre heureux, car je ne peux être heureux qu’en étant davantage moi-même, non en cessant d’être moi pour devenir quelqu’un d’autre »[1]. Et je ne peux être heureux qu’en empruntant les chemins suivis par Jésus, des chemins de gratuité, de générosité, de réconfort, d’espérance, de fraternité. Paul résume cela avec une belle formule : « Vivre, c’est le Christ ».

[1] Catherine Cantenot, voir http://www.annoncescatho.com/blog/cette-jalousie-ennemie-de-notre-joie

Plus de lecture...