Homélie du 24ème dimanche ordinaire à Enghien le dimanche 17/9/17 à 18h

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En lisant cet évangile, on est frappé par deux choses :

  1. La démesure des faits racontés,
  2. Le prix et l’enjeu du pardon.

 

  1. La démesure

 

  • Pardonner 7 x 70 = 490 fois. Ce nombre bat le record de tous les seuils de tolérance admis dans les rapports humains habituels. L’expression même de « seuil de tolérance » indique bien les limites au-delà desquelles il apparaît logique/normal qu’une offense fasse l’objet d’une correction. Le seuil du pardon se déplace souvent en fonction de la gravité de l’offense. Quand les offenses sont mineures, le pardon se donnera plus facilement autant de fois qu’il le faudra. Mais si quelqu’un offense l’honneur de ma famille, s’il profane l’hostie et touche à tant de symboles qui structurent ma vie, humainement, je serai incapable de pardonner une seule fois. Quiconque est offensé désire instinctivement que la justice lui soit rendue d’une façon ou d’une autre. Curieusement, l’évangile dit au contraire que toute offense, quelle qu’elle soit, est à pardonner ! Est-ce possible en cas d’offenses graves ?
  • La réponse est « oui » ! L’évangile l’illustre par la remise de la dette du serviteur par son maitre. La valeur de cette dette est telle que, même en vendant son épouse, sa progéniture, tous ses biens et sa propre vie, elle ne peut être remboursée! Pour en mesurer le poids matériel, le texte dit que le serviteur devait 10.000 talents soit 342 tonnes puisque 1 talent = 60 mines = 34,2 kg. Cette dette, représentée comme un empilement de 342 tonnes de pièces d’argent, équivaut au poids d’un airbus A340 ! Le pardon n’a donc pas de prix ! Mais qu’y a-t-il d’aussi important à pardonner l’impardonnable ou annuler la cédule d’une dette incommensurable ? Quel enjeu peut-il justifier un tel comportement ? La réponse déborde du seul extrait de Matthieu 18,21-35.

 

  1. Le prix et l’enjeu du pardon

 

  • Ben sirac le sage, 27,30-28,7 nous a parlé de « rancœur et colère » comme des choses abominables qui provoquent la perte d’un homme et lui attirent la malédiction de Dieu. Qu’est-ce que la rancœur sinon cette « odeur fétide » (rance) qui jaillit comme une émanation toxique d’un cœur (cura) enragé par une offense non pardonnée. L’idée d’une rance qui infecte la santé de l’homme est un thème récurrent de « l’anthropologie » antique. On la retrouve chez des auteurs comme Sénèque. Dans son livre L’homme apaisé, il qualifie la colère de « démence» qui fait perdre à l’homme l’usage de la raison. Dans l’éducation qu’il prescrit à un prétendant au trône, il conseille qu’un prince soit comme une « reine abeille ». Au milieu de sa colonie, elle est la seule abeille qui n’a pas de dard et donc incapable d’injecter le venin de la colère sur qui que ce soit. Et pourtant c’est elle qui orchestre tout ! Cette pitié-reine qui révèle la longanimité des princes rejoint l’idéal chrétien tel que Paul nous en fait la description dans son hymne aux Corinthiens, chapitre 13 : l’amour-pitié pardonne tout, endure tout, n’entretient pas de rancune. Si c’est à ce prix qu’il faut sauver l’homme contre sa démence (colère), sa rance (rancœur), ou tout autre mal qui le putréfie, on comprend alors mieux la démesure des gestes du maître qui annule une dette équivalent à un airbus. C’est pour éviter que soit défiguré en nous ce que nous avons de plus pur et sain : l’image et la ressemblance avec Dieu ! Prions pour que Dieu donne sa grâce à ceux qui peinent à contenir leur colère au sein de nos communautés et qui blessent mortellement leurs prochains sans égard pour rien de ce qui leur aura coûté des sacrifices et de la sueur…

Père Jean Bosco

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