Homélie du 5ème dimanche de Carême le 2/04 à 9h30 à St Gratien

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Notre évangile raconte la résurrection d’un homme complètement mort. Cela pose questions. Si Jésus ressuscite son ami mort, pourquoi ne fait-il pas un petit miracle pour ceux que j’aime et qui sont malades, ou qui sont morts ? Jésus est, je le crois, source de miracles dans nos vies. Mais de quel miracle parle-t-on dans ce récit de la résurrection de Lazare ? Ce récit est long. L’évangéliste Jean prend la peine de faire plusieurs parenthèses, qui ne sont pas là pour rien. Elles apportent des indices qui nous aident à comprendre quels miracles, quelle résurrection Dieu nous offre en Christ.

Quels sont ces indices ?

Le premier indice, qui nous invite à comprendre ce texte de manière spirituelle, est cette parabole où Jésus parle de marcher de jour ou de nuit. La conclusion de Jésus à cette parabole est : « Si quelqu’un marche pendant la nuit, il se casse la figure parce que la lumière n’est pas en lui. » (Jn 11, 10). Pour Jésus, la question essentielle est donc d’avoir « la lumière » « en soi-même ». Il ne s’agit pas d’une question matérielle, mais spirituelle. Jésus n’est pas venu pour apporter à l’humanité des bougies que l’on pourrait avaler allumées, mais il propose une transformation de notre être et de l’humanité. Le projet de Dieu est de rendre chaque personne clairvoyante, de nous rendre lumineux, pour que nous soyons « la lumière du monde ».

Un second indice nous invite à comprendre ce récit de façon spirituelle. Jésus parle avec Marthe de la résurrection. Jésus dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra même s’il meurt, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26) Pour Jésus, le projet c’est de vivre, dès aujourd’hui, d’une vie plus forte que la mort. La confiance en Dieu est une véritable force capable de remettre l’homme debout, qui est d’ailleurs le sens premier de résurrection.

Ces indices nous disent ce que le Christ entend par résurrection. C’est un processus spirituel qui nous donne la vie, qui nous permet de traverser les enfermements qui nous retiennent dans les filets de la mort. Enfermements multiples, comme la peur, ou le sentiment que notre vie n’a aucun sens, ou une certaine culpabilité, une souffrance, une solitude qui nous laisse sans foi, sans espérance, sans arriver à aimer ni à se laisser aimer…

Mais alors si la résurrection est une question spirituelle, que vient faire ce récit de la réanimation de Lazare ? C’est un signe qui nous est donné pour que nous ayons confiance. Qu’importe ce qui est arrivé au corps de Lazare, je n’en sais rien. C’est vraisemblable que Jésus a fait des miracles physiques. Mais ce qui est certain c’est que cette histoire est à comprendre comme un signe qui nous concerne, un signe d’une résurrection spirituelle, comme un miracle, que Dieu rend possible en Christ.

Lisons donc cette histoire comme parlant de notre propre résurrection.

1) L’histoire commence par la maladie de Lazare et l’absence du Christ, qui est dans une autre région. La transposition est facile à faire sur le plan spirituel. Nous sommes malades de notre manque de confiance en Dieu, de cette absence du Christ dans nos vies. Du coup nous sommes plus ou moins dans les ténèbres, mais ça se soigne, nous dit ce texte… Et nous pouvons grandir dans cette confiance pas à pas, tout au long de notre vie.

2) Les sœurs de Lazare ne restent pas indifférentes à sa maladie, et elles envoient chercher Jésus. Elles ne lui demandent rien, seulement de venir. Dans notre prière, c’est vraiment une chose que nous pouvons demander à Dieu, qu’il vienne auprès de nous, quand nous sommes au plus bas dans le péché, dans la détresse ou dans la joie. Ce récit nous dit que Dieu est un ami, il ne nous abandonnera pas, il viendra, il pleurera, il nous dira quoi faire, il agira lui aussi… et nous ressusciterons. Le faire-confiance essentiel que nous propose Jésus comme clé de la résurrection, c’est cela aussi : ne pas dire à Dieu ce qu’il devrait faire pour nous, mais lui demander simplement de venir, de faire au mieux, et de nous dire quoi faire.

3) Jésus demande alors « Où l’avez-vous mis ? » Excellente question. Qu’avons-nous fait de notre frère souffrant ? L’avons-nous enterré dans un coin pour qu’il ne nous dérange pas avec son odeur de mort ? Qu’avons-nous fait de cette part de nous-même qui est souffrante et que nous laissons pourrir dans un coin ? Qu’avons-nous fait de nos injustices passées, les nôtres et celles de notre peuple, celles de notre parti, de notre église, de notre famille ? Les voilons-nous sous de faux prétextes pour nous justifier à nos propres yeux : il y a là un risque de gangrène. « Où l’avez-vous mis ? » nous dit Jésus, dans quels placards avez-vous caché vos cadavres, vos péchés ?

Confiantes, et déjà un peu ressuscitées, les deux sœurs vont alors trouver la force d’inviter Jésus à s’avancer encore plus près de celui qui est et qui reste son ami. Il ira alors au chevet de notre problème. Cela a pris du temps, trop de temps à nos yeux. Il lui faut du temps pour nous amener à la vie. Il nous faut du temps, non pour convaincre Dieu de se rendre présent sur le lieu de notre mal, mais pour que nous, nous ayons assez de confiance pour lui demander de venir là où ça ne va pas chez nous. Cela demande une double confiance, confiance dans la capacité de Dieu à faire quelque chose, et confiance dans sa capacité à nous aimer malgré cette puanteur, comme seul un vrai ami peut le faire.

4) « Enlevez la pierre » dit alors Jésus. Ils hésitent, « Seigneur, il sent déjà ». C’est bien commode un tombeau étanche pour ne pas avoir honte de ce que nous sommes, honte devant Dieu, devant les autres, mais surtout, honte à nos propres yeux. Pourtant, il faut aller au fond des choses. Avec cette confiance, que Dieu donne, nous n’avons plus à avoir peur de laisser entrer sa lumière dans nos tombeaux. Nos obscurités ont besoin de sa lumière. « Seigneur, viens voir » et je serai ressuscité.

Parfois, il est possible pour une personne de s’en sortir par elle-même dans une relation directe avec Dieu, comme Marthe qui commence à ressusciter dans son dialogue intime avec Jésus. Mais parfois on ne peut pas s’en sortir tout seul, même avec l’aide de Dieu, et nous avons besoin des autres pour qu’ils amènent le Christ à notre porte, pour qu’ils enlèvent les lourdes pierres qui font obstacle entre lui et nous, et les fines bandelettes qui nous empêchent d’avancer, comme le font Marthe et Marie avec leur frère. Le rôle de nos proches est parfois essentiel.

5) Alors, enfin, Dieu nous ressuscite. Jésus s’adresse à Lazare pour lui proposer de sortir. Et Lazare sort. Cela Dieu ne peut pas le faire à notre place, comme il ne peut nous forcer à être libre, ni à ouvrir les yeux, ni à nous servir de ce cœur qu’il veut animer, ni à avoir confiance en lui.

6) Puis Jésus dit encore « Détachez le et laissez-le aller. » Un formidable message de liberté. On est loin des sectes qui libèrent d’une chose pour mettre leurs clients sous une autre dépendance.

Avec cette confiance renouvelée, invitons le Seigneur à visiter ce qui nous tue au plus profond de nos vies, à nous libérer de ce qui pue en nous. Et nous ferons cette expérience d’une vraie résurrection, d’une vraie remise sur pieds. Voilà ce qui nous est proposé de vivre pendant ce temps de carême à l’approche des fêtes de Pâques.

Père Alexandre de Bucy

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