Homélie du 2ème dimanche de Carême à Enghien

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Introduction :

Il y a deux manières de connaître un paysage :

  • Le regarder directement (avec les yeux) = instantané, simultané (dans son ensemble).
  • Quelqu’un nous le décrit (on ne le voit pas avec les yeux). Cela prend plus de temps, il faut la patience. Mais peut-être aussi plus précis (plus d’attention aux détails ?)

= différence entre la vision (plus immédiate et globale ; une forme de maîtrise ; mais aussi une distance) et l’écoute (plus patiente : il faut attendre la fin du récit pour connaître l’histoire, la fin de la mélodie pour connaître le morceau ; mais aussi une réalité plus intime, plus proche, plus personnelle).

Contrairement aux apparences, il y a une forme de supériorité de la parole sur la vision : par exemple, on peut redire des paroles que l’on a reçues, mais on a du mal à transmettre ce que l’on a vu autrement que par la parole.

  • Notre relation à Dieu, sur terre, est davantage sous le mode de l’écoute que de la vision.

Certes, il y a parfois ces instants de grâce où nous « voyons » clairement ce qui est vrai, où nous comprenons les choses dans leur profondeur, instantanément, et où nous sommes comme éblouis, saisis par la beauté de la vérité (cf. les Apôtres qui voient Jésus transfiguré)

Mais dans l’ensemble, la manière dont Dieu se révèle à nous est plus patiente, fragmentée dans le temps.

Cf. l’histoire d’Abraham : nous allons regarder la manière dont Dieu se révèle à Abraham et à nous, sous le mode de l’écoute, à travers trois mots : Attention, Aventure, Attente (= 3 « A »).

Attention

Gn 12 = Abraham est le premier à qui s’adresse une parole de Dieu, si l’on omet les 11 premiers chapitres de la Genèse (pas le même genre littéraire, moins historique).

Bible : Dieu parle, mais Dieu ne peut pas être vu…

Tout commence donc par une Parole de Dieu à l’homme.

A nous aussi, Dieu nous parle. C’est le fondement de la foi, qui est une « écoute amoureuse », une « attention » (Abraham = « père des croyants » : son histoire est la nôtre !)

Dieu parle à travers le désir (le cœur profond). Dieu parle à travers la conscience, les événements, les personnes, les rencontres, les paroles entendues... Dieu ne cesse de parler.

Dieu parle à travers l’Ecriture (notamment en Eglise).

  • La vérité et la bonté de Dieu se donnent progressivement. A travers une parole qui demande notre patience: avant la fin de l’histoire, nous ne connaissons pas encore tout le contenu de ce que Dieu veut nous dire !

Aventure

C’est pourquoi la Parole que Dieu nous adresse ouvre toujours une aventure : tout n’est pas dit d’un seul coup ; il faut du temps. C’est le temps de l’aventure de la foi, la plus grande des aventures humaines !

2 aspects :

  • L’arrachement: « quitte… va… »
  • La promesse: « je rendrai ta descendance nombreuse… je te bénirai… »

La foi n’est pas un « saut dans l’absurde », mais un chemin qui se parcourt progressivement, dans la confiance en la promesse de Dieu.

Le propre de la foi est de mettre en marche, comme pour Abraham. Sans savoir encore totalement où l’on va (on ne « voit » pas clairement), mais dans la confiance en la Parole de Dieu, qui ouvre toujours à une promesse.

  • Quelle est cette promesse que Dieu nous fait, et qui nous met en marche ?

Attente

Il faut donc une promesse, pour que l’on se mette en marche. Sans espérance, pas de foi, pas de confiance. Il y a donc une attente forte ! Cette promesse annonce toujours une grande bénédiction à venir, de grands biens qui nous seront donnés, comme à Abraham.

Un aspect étonnant dans la promesse du Seigneur, outre le grand âge d’Abraham (et donc la difficulté à croire vraiment en la promesse de Dieu) : non seulement « je te bénirai » mais aussi « tu deviendras toi-même une bénédiction » + « en toi seront bénies toutes les familles de la terre »

= Abraham devient lui-même une bénédiction pour les autres ! Le propre de la bénédiction de Dieu, c’est d’associer d’autres à sa bénédiction.

  • « porter du fruit » et pas simplement « être béni ». Dieu veut toujours associer d’autres personnes aux promesses qu’il fait à une personne.

 Conclusion :

Un bon moyen d’écouter la voix de Dieu, en ce temps de carême, c’est de s’arrêter un moment : « Qu’est-ce que je suis en train de vivre ? Qu’est-ce qui est en train d’advenir en moi, dans ma vie ? = Qu’est-ce que Dieu me dit ? »

= relecture de sa journée, moments de pause = relecture de sa vie à la lumière de l’Ecriture… Qu’est-ce qui se joue ? Quels appels de Dieu ? Pour quelle aventure ? Et avec quelle promesse, quelle bénédiction à venir, pour moi et pour les autres ?

Père Edouard George

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