Homélie du jour des Cendres à 19h15 à St Gratien

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Gardons-nous de vivre ce Carême (avec tous les efforts nécessaires pour vivre une vraie conversion) comme des « semi-pélagiens » !

Plan en 3 parties :

  • Ce que signifie être « semi-pélagiens »
  • Comment vivre le carême d’une autre façon
  • La manière de recevoir les cendres

1° Le « semi-pélagianisme » :

  • Une hérésie apparue au 5ème siècle dans le Sud de la France
  • Son but = non pas nier la nécessité de la grâce (l’aide de Dieu), mais remettre en cause son primat, son importance décisive à tous les instants
  • Il cherche à donner davantage de place pour le libre-arbitre, notamment au début du chemin vers Dieu (= c’est nous qui sommes au point de départ de notre conversion, de notre réponse à Dieu)
  • Une image : je suis au fond du puits ; il y a une main tendue (l’offre de la grâce) ; mais c’est moi qui décide de prendre la main de Dieu (si je ne la prends pas, elle restera tendue, mais je ne sortirai pas du puits) : si je suis sauvé, c’est sans doute grâce à la main tendue, certes, mais c’est, de manière décisive, parce que moi, par ma seule volonté, j’ai pris cette main (donc : le choix est de moi seul !)
  • Pas complètement faux : il faut bien la liberté ; MAIS il oublie que le choix même de saisir la main tendue est un effet de la grâce = c’est Dieu lui-même qui me donne le désir du salut et de la conversion, et qui soutient mon effort pour saisir la main tendue !
  • Le problème du semi-pélagianisme = Dieu agit, mais il est comme subordonné à ma volonté, à mon initiative… Une forme de volontarisme, qui est erronée…

2° Une spiritualité plus juste (vraiment catholique) = la grâce qui agit à l’intérieur même de ma liberté :

  • Non pas « Dieu sans moi » (= la grâce seule) ni « moi sans Dieu » (= une autonomie absolue) ; ni « moi en 1er et Dieu qui poursuit mon effort » (= le semi-pélagianisme, que l’on retrouve par exemple dans l’expression : « Aide-toi et le Ciel t’aidera ») MAIS : « ma liberté avec Dieu » (ma volonté soutenue par la grâce) ; et aussi « Dieu à travers moi » (la grâce à l’intérieur de ma liberté, par ma liberté)
  • Si nous ne sommes pas dans ces dispositions, nous comptons trop sur nos efforts, notre volonté, nos libres choix et… nous risquons de nous décourager, de ne jamais aboutir à la vraie conversion !!
  • La vraie conversion nécessite une action décisive, un engagement réel de notre part : faire l’aumône, prier (décision et action concrètes !), jeûner (un effort aussi !) MAIS cette décision, cette action, dit l’Evangile, ne peut reposer sur notre seule bonne volonté ni sur nos seuls efforts !
  • Si Jésus demande de vivre tout cela « dans le secret », c’est parce qu’il y a, en effet, quelque chose de mystérieux dans cette action conjointe de la grâce de Dieu et de ma liberté, « dans le secret » de mon cœur, de ma conscience, de ma vie !
  • Nous n’avons pas accès à l’origine de nos choix bons, de notre conversion pour le bien : c’est un « secret » = le point où se réalise l’alchimie entre le don gratuit de Dieu et la libre réponse que nous donnons.
  • C’est vraiment une action commune de Dieu et de nous-mêmes : de nous avec la grâce de Dieu ; et de Dieu à travers l’exercice de notre liberté, de nos choix, de nos efforts (pénitence, ascèse, résolutions de Carême…)
  • La grâce ne supprime pas notre liberté, mais elle en permet l’exercice plénier. Nous donnons le meilleur de nous-mêmes quand nous acceptons que Dieu agisse à travers nous, par nous, en nous (paradoxe).
  • St Augustin : « Dieu, qui nous a créés sans nous, ne veut pas nous sauver sans nous. »
  • St Paul : nous sommes les « coopérateurs de Dieu » + « nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui »

3° Recevoir les cendres

C’est « maintenant, le moment favorable », le temps où Dieu fait grâce (Carême) ; mais il n’agit jamais sans nous !

  • Quand nous recevrons les cendres sur notre front, dans un instant, pensons que, par ce signe, la grâce de Dieu nous est vraiment donnée gratuitement (c’est Dieu qui agit le premier, qui a l’initiative) ; mais pensons aussi que Dieu ne fera rien sans nous associer à son action : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile ! »
  • Le Carême est à la fois un moment gratuit offert par Dieu ET l’occasion d’un effort accru de fidélité à Dieu, dans lequel nous nous engageons de tout notre cœur, de toute notre volonté, par toutes nos résolutions de Carême !

Père Edouard George

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