Homélie du 8ème dimanche du temps ordinaire à 9h30 à St Gratien

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Le mot « souci » apparaît 6 fois dans l’Evangile.

Pensons un instant à toutes les expressions contenant le mot « souci »…

Nous voyons qu’elles peuvent se classer en deux catégories :

  • Une catégorie franchement négative, où le souci désigne l’état d’esprit absorbé par un objet et que cette préoccupation inquiète ou trouble (ex : se faire du souci, avoir des soucis, pas de souci, le moindre de ses soucis, le cadet de mes soucis, etc.) Ici, souci est synonyme d’inquiétude (littéralement : « ce qui est sans repos »)
  • Une catégorie plus positive, où le souci désigne le soin et l’attention que l’on porte à quelque chose qui est important pour nous (ex : avoir le souci d’enseigner, le souci de bien faire/de faire le bien, le souci d’être vrai, etc.) On peut aussi relier cela à une personne : dans l’ancien français, on utilisait l’expression « se soucier de quelqu’un » comme synonyme de : « l’aimer » (la « souciance » = l’amour).

A partir de ces deux types de « soucis » (« inquiétude » qui tourmente ou « soin » qui manifeste l’attention et l’amour), on peut regarder, à la lumière de l’Evangile, trois attitudes de l’homme et de Dieu :

  • 1° Le souci de l’homme, qui se préoccupe et s’inquiète dans sa vie humaine
  • 2° Le souci de Dieu, qui prend soin de l’homme à travers la Providence
  • 3° L’homme qui se soucie de Dieu, qui le recherche comme « l’unique nécessaire »

  • Le souci de l’homme, qui se préoccupe et s’inquiète

Dans l’Evangile, la nourriture et le vêtement, objets de l’inquiétude de l’homme, symbolisent tous les besoins de la vie humaine (nourriture, vêtement, mais aussi logement, travail, santé, etc.)

Ces préoccupations sont légitimes, voire vitales quand le manque arrive. Mais lorsque Jésus dit : « Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez », il sait que ces préoccupations peuvent obnubiler, obséder et tourmenter.

De plus, ces soucis ne peuvent éluder une réalité inéluctable, celle de la mort : « Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? » La réflexion sur les soucis est en fait une réflexion sur la mort, sur la peur et sur l’angoisse. Jésus rappelle un fait évident, mais que l’on cherche souvent à occulter : la vie humaine est fragile, précaire.

Alors, comment affronter cette inquiétude fondamentale ?

  • Dieu prend soin de l’homme : il se soucie de nous

C’est en Dieu que notre cœur trouve son repos. Toute la Bible le dit : Dieu prend soin de l’homme ; Il a particulièrement souci du faible et du pauvre. Le Livre de l’Exode dit par exemple : « J’ai vu la misère de mon peuple, je connais ses souffrances… » Ou un Psaume : « Tu connais le mal et la souffrance, tu les prends dans ta main »

C’est pourquoi Jésus peut inviter à la confiance dans l’action providentielle de Dieu pour nous : il envoie dans notre vie les personnes, les événements, les réconforts intérieurs, qui nous aideront à affronter les limites et le manque. C’est la manière dont Dieu prend soin de nous : « Vous valez plus que les oiseaux du ciel, que votre Père céleste nourrit généreusement ! » ; ou encore : « Dieu ne fera-t-il pas bien davantage pour vous que pour les lys des champs, pourtant magnifiques ? » ; et enfin : « Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela ! »

C’est la foi, la confiance en Dieu, l’abandon à sa Providence, qui décèlent et déclenchent l’action de Dieu dans nos vies, même dans les situations de manque.

Saint Paul résume cela admirablement : « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car il prend soin de vous » !

  • « L’unique nécessaire » : avoir le souci de Dieu

Ainsi, l’unique préoccupation de l’homme devrait être de rechercher Dieu : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice » (= l’amour de Dieu et du prochain) « et tout cela vous sera donné par surcroît » (puisque Dieu prend soin de vous).

Notre souci principal devrait être d’oublier nos soucis secondaires, pour nous concentrer sur l’« unique nécessaire » : la recherche de Dieu.

Cf. l’Evangile de Marthe et Marie : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire ! »

Conclusion : une résolution et une image pour la semaine qui s’ouvre…

Attitude pour la semaine :

  • Détecter tous les soucis (et les peurs) qui nous envahissent
  • Renouveler notre confiance en Dieu, qui prend soin de nous et voir comment sa Providence est à l’œuvre dans notre vie (prière)
  • Suivre dans nos vies cette phrase de l’Evangile : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice »

Une image finale : les « soucis » sont aussi des fleurs… Alors, cherchons à cultiver davantage les soucis qui fleurissent que les soucis qui inquiètent (= le souci de Dieu est plus important que tout le reste !)

Père Edouard George

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