Homélie du 8 janvier à 11h à St Gratien

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Les mages cherchent le salut en lisant dans les étoiles. C’est évidemment très discutable. Eh bien, Dieu respecte ces mages, il les prend comme ils sont et puisqu’ils suivent les étoiles, Dieu va se servir d’une étoile pour leur faire découvrir le Christ. Bien sûr, ce n’est pas la seule façon d’aller vers le Christ. Dans les Évangiles, personne d’autre n’arrive au Christ par les astres, ni les bergers, qui vont à la crèche, poussés par le témoignage des anges, ni les apôtres qui suivent le Christ après l’avoir rencontré sur leurs lieux de vie, ni le centurion qui reconnaît le Christ lorsqu’il se donne sur la croix pour le salut de tous…

C’est bien que Matthieu commence son Évangile par ces mages. Car leur pratique est ce qu’il y a de plus étranger à l’Évangile, et même de plus opposée à la Bible. Et pourtant ces mages arrivent à trouver le Christ avec leur méthode, alors nous aussi nous devrions y arriver, pour peu que nous cherchions effectivement.

Il y a donc bien des façons d’aller à la rencontre du Christ, c’est vraiment une chance, car chacun a une sensibilité, des dons, une histoire, une culture et une vocation qui lui sont propres. Ces mages de l’évangile qui découvrent le Christ en partie grâce à une étoile nous apprennent l’œcuménisme. Ils nous montrent que même si nous ne faisons pas partie du « sérail », même si nous appartenons à d’autres traditions religieuses, on peut être guidé vers le Christ. Déjà au II° siècle, saint Justin disait que les philosophes grecs étaient les prophètes des païens, les préparant déjà à la révélation du Christ, comme les prophètes de l’Ancien Testament préparaient les Juifs à la venue du Christ. Saint Justin nous affirme que le Seigneur peut même se servir de ce qu’il y a de bon dans les autres traditions religieuses pour conduire les hommes au Christ. Et on pourrait avoir la même réflexion vis-à-vis de chacune de nos cultures, africaines, asiatiques, ou occidentales. Dans toutes nos cultures, il y a une attente de paix, de communion, qui peut nous diriger vers lui.

En fonction de nos centres d’intérêts, il y a aussi une quantité de formes d’approche du Christ :

  • Celui qui aime la philosophie et la théologie peut avancer vers le Christ, en remarquant que le Christ est la meilleure réponse aux questions fondamentales de l’existence.
  • Le scientifique peut avancer vers le Christ en analysant les merveilles de la nature,
  • Celui qui est artiste peut avancer vers le Christ par ce qui est beau.
  • Celui qui est plutôt mystique peut avancer par le sentiment de l’amour de Dieu et la prière.

Mais le but n’est pas la prière, ni la science, ni la philo, ni la musique. Le but c’est d’être transformés par le salut que Dieu nous donne en Christ. Qu’importe, finalement, notre façon de trouver ce salut de Dieu qu’incarne le Christ. L’essentiel est d’avancer vers lui et de se laisser toucher, transformer par lui.

Il faut ajouter encore une chose : les mages cherchent le Christ en combinant leurs propres moyens un peu bizarres et le dialogue avec les théologiens et les prêtres de Jérusalem. C’est un point clé : combiner les approches. C’est ça qui permet aux mages d’aboutir, ils ne sont pas restés des intégristes de leur étoile, ils ont confronté leurs approches avec d’autres. La diversité est une chance. Le dialogue est une chance. Chaque peuple, chaque culture, chaque religion a quelque chose à nous dire, a quelque chose à nous apprendre. C’est une des leçons des mages.

L’étoile évoque donc un des multiples moyens possibles d’avancer vers le lieu où la Parole de Dieu nous est donnée. L’étoile n’est qu’un moyen. Elle disparaît, elle s’efface quand les mages arrivent au but qu’est le Christ. Les mages connaissent alors une grande joie, et ils pourront rentrer chez eux par un autre chemin, transformés.

La religion est comme cette étoile, comme ces théologiens consultés pas les mages. Elle guide vers le Christ. Le prophète Isaïe l’entrevoyait déjà : « Les nations marcheront vers ta Lumière ». L’Église elle-même n’est pas le Christ, elle est un appel et une aide pour avancer vers lui. Quand le Concile Vatican II parle de l’Eglise, il ne dit pas que l’Eglise est la Lumière, car la Lumière c’est le Christ, il dit qu’elle resplendit la Lumière du Christ (LG 1). L’Eglise doit refléter sans cesse le Christ, montrer le Christ, guider vers le Christ, mais en restant humble, en s’effaçant, en évitant de se prendre pour le Christ, en évitant de devenir un savoir qui se prend pour la Vérité de Dieu.

Quelle est justement cette Vérité que les mages reçoivent en Christ ? C’est une capacité d’être en relation avec Dieu, d’être en communion avec Dieu, et en Dieu d’être en communion avec toute l’humanité. C’est ce qui fait qu’ayant rencontré le Christ, ils n’ont pas besoin de rester là, en contemplation, mais ils retournent chez eux, transformés dans toutes leurs relations avec le Seigneur, qui devient un ami, et dans leurs relations avec toutes les personnes humaines, qui deviennent des frères et des sœurs.

Cette transformation est offerte par grâce. En effet, le récit commence par cette phrase « Jésus étant né ». Nous n’avons pas à faire naître le Christ. Dieu nous offre la vie par grâce. Mais ce Christ reçu en nous par la foi fait évoluer nos vies dans toutes ces dimensions.

C’est ce que font les mages en ouvrant leurs trésors, et en les remettant au Christ. Ils remettent dans les mains du Seigneur l’or, l’encens, et la myrrhe qui symbolisent les trésors, la richesse de la vie humaine dans toutes ses dimensions, pour qu’il les vivifie :

  • L’or représente les biens terrestres, notre corps, nos moyens humains, notre vie en ce monde que Dieu aime, nos liens sociaux, notre travail, nos habiletés… En Christ, nous n’avons plus honte ni de notre pauvreté ni de notre richesse, le matériel redevient un simple moyen utile pour faire le bien.
  • L’encens représente la prière, notre louange qui monte vers Dieu, notre espérance qui s’élève vers lui. En Christ, nous découvrons que nous pouvons nous adresser à Dieu sans aucune crainte, car il est l’amour.
  • La myrrhe servait à embaumer les morts, elle représente notre espérance de durer. En Christ, notre vie éternelle n’est plus dans de vaines pyramides, ou des sarcophages d’or, mais dans la foi, l’espérance et l’amour.

Nous pouvons tout confier au Christ, tout mettre entre ses mains pour que Dieu le vivifie. Nous pouvons lui confier notre vie en ce monde, nos origines et nos cultures, et nous pouvons lui remettre même notre avenir, le temps qui est devant nous. Avec les mages, nous remettons notre vie entre ses mains, comme Christ, sur la croix, remet son Esprit entre les mains de Dieu.

Amen.

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