Homélie du 1er janvier 2017 "Marie Mère de Dieu" à St Gratien

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Tout l’Évangile est contenu dans la personne de Marie. Elle doit tout en effet à la grâce de Dieu. Tout ce qu’elle est, tout ce qu’elle devient, mère de Jésus et mère de Dieu, tout est l’œuvre de la grâce divine en elle.

Souvenez-vous des paroles de l’ange Gabriel : « Je te salue Marie, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » (Lc 1, 28). Marie est comblée de grâce, Marie est le fruit de la grâce. Voilà pourquoi Marie est une bonne nouvelle pour nous. Car, comme Marie, le Seigneur appelle tendrement chacun de nous par son nom pour nous dire sa grâce. Et si nous collaborons à l’œuvre de Dieu en nous, nous pouvons nous aussi devenir « frère, sœur et mère du Seigneur ».

Pour bien sentir en quoi Marie est une bonne nouvelle pour nous, il faut se souvenir que le nom de Marie signifie littéralement en hébreu « la rebelle, la révoltée ». Le nom même de Marie annonce la grâce de Dieu qui sauve. Le Seigneur nous offre de vivre, de vivre bien, de vivre heureux, de vivre une vie incroyablement utile et bonne… même si nous sommes rebelles, révolté, paresseux, superficiel, même si nous ne sommes pas très performant aujourd’hui, même si nous sommes aujourd’hui haineux, pinaillant, cherchant des poux dans la tête des autres, énervé par tout, égoïste, redresseur de torts… Dieu rend visite à Marie, à ce rebelle que nous sommes, et c’est normal, c’est ça, la grâce.

Par définition, la grâce n’est pas faite pour les justes, mais pour les rebelles, pour les révoltés. La grâce, par définition, c’est immérité, c’est in-juste, c’est pour offrir une nouvelle chance au pécheur, une chance de se redresser, d’accueillir cette grâce, et d’en vivre, d’en vivre enfin ! La grâce c’est la fin de la peur, de cette peur de Dieu qu’avaient les pécheurs avant que ne résonne dans le monde la bonne nouvelle de l’amour de Dieu, de son amour que rien ne lasse, même s’il est tant et tant déçu.

La grâce nous ouvre enfin à une toute nouvelle fécondité de vie, à une joie nouvelle, profonde et vraie. Tout homme est appelé, comme Marie, à recevoir l’Esprit de Dieu pour que son existence humaine soit porteuse d’un être nouveau, capable d’aimer, capable d’être fidèle, capable de pardonner même unilatéralement. Capable parfois d’une parole ou d’un geste qui ouvre à la Vie avec un grand V, la Vie éternelle.

« La grâce », chacune de nos liturgies commence par cette annonce, et ce premier mot nous libère de toute crainte de Dieu, ce mot nous permet de compter sur lui, d’espérer en lui, même si nous sommes pécheur.

Dans notre évangile aujourd’hui, Marie nous apprend aussi quelque chose d’essentiel dans notre vie. Marie ne se contente pas d’accoucher et de prodiguer les soins nécessaires au nouveau-né : Marie, nous rapporte l’évangile, regarde aussi tous ces événements en les méditant en son cœur. Que fait Marie ? Marie se pose et elle s’interroge ; elle interroge le cours des événements en les méditant en son cœur et pose, en quelque sorte cette question : « et toi, mon cœur, pourquoi bats-tu ? ».

« Et toi, mon cœur, pourquoi bats-tu ? » c’est la question du sens. Et cette question que se pose Marie, rejaillit sur tous ceux qui interviennent dans cette évangile, César et tous les grands de ce monde, les anges et tous les messagers de Dieu, les bergers et tous ceux qui ont une activité.

Et toi, César, pourquoi organises-tu un recensement (ce qui est assez mal vu dans la Bible) ? Recenser, c’est se compter, c’est se délimiter. Crois-tu vraiment que tu peux savoir qui est ton peuple en en traçant le contour à un moment donné ? Marie pose plus largement la question du sens aux responsables de l’ordre du monde : quel sens donner à ce que tu entreprends ? quels en sont les véritables objectifs ? agis-tu pour le bien de tous ou pour mieux asseoir ton pouvoir, pour exercer un contrôle plus grand, autoriser une forme de violence d’Etat ou pour des intérêts personnels ?

Et toi, l’homme de Dieu, qu’est-ce qui te pousse à parler ainsi au nom de Dieu ? qui sers-tu, au juste ? es-tu de ceux qui savent ce que Dieu veut mieux que Dieu lui-même ? es-tu du genre à dire aux autres ce qu’ils doivent penser et faire ? es-tu du genre à répéter les formules religieuses toutes faites ou es-tu plutôt du genre à aider tes contemporains à décrypter les signes de notre temps pour repérer les choses importantes, ce qu’il ne faut pas manquer, ce qui compte vraiment ?

Et toi le producteur, ton cœur, pourquoi bat-il ? parce que tu produis plus que l’an passé ? parce que tu engranges ? parce que tu fais des bénéfices à deux chiffres ? qu’est-ce qui te motive, au juste ? Es-tu un forcené du productivisme qui en fait toujours plus et qui en veut toujours plus, qui veut plus de récolte, plus de productivité, plus de rentabilité, plus de débit internet, plus de puissance électrique, plus de Giga-octet, etc. ?

Marie invite chacun à se poser la question du sens. Donner du sens à ce que l’on fait, c’est éviter de devenir un technicien dans son domaine qui agit froidement, sans se soucier des conséquences ni de l’avenir. C’est éviter de devenir cette personne sans humanité qui agit sans conscience, de façon mécanique, à la manière d’un automate qui, le moment venu, au temps du malheur, dira qu’il n’a fait que ce qu’il devait faire, sans se poser de question. Et toi, mon cœur, pourquoi bats-tu ? se demande tout croyant. Oui, le croyant réfléchit au sens de son travail, au sens de ses études, au sens de sa scolarité, au sens de ses loisirs, au sens de ses relations. Car c’est en réfléchissant à ce que l’on fait qu’on fait progresser les lumières et donc que l’on fait reculer les ténèbres, l’obscurantisme. C’est en se posant, en réfléchissant à ce que l’on fait que l’on fait grandir la paix.

En cette journée mondiale de la paix, Marie nous montre justement le chemin de la paix : par la méditation, par la question du sens, par la réflexion. Et à devenir aussi un homme d’action en recevant la grâce de Dieu qui nous permet de franchir tous les obstacles et de surmonter tout ce qui pourrait s’opposer à la paix.

Amen

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