Nativité, tradition araméenne, syro-maronite – cathédrale Mar Ephrem (Alep)

L’icône n’est pas qu’une œuvre d’art, elle est aussi un objet liturgique, destiné à une église ou au domicile. C’est un outil de communication avec le monde divin par les yeux comme le sont la lecture de la Parole de Dieu ou le chant sacré, par les oreilles ; elle est une autre forme d’écriture, de langage que celui des lettres ou des notes : on dit d’ailleurs « écrire » une icône.

Ce n’est pas uniquement un tableau, une illustration, c’est une théologie visuelle, une catéchèse. C’est un Mystère révélé à celui qui sait contempler, c’est-à-dire voir avec le cœur.

L’Eglise orientale s’est appuyée sur la Théologie de l’Incarnation  pour donner à l’icône sa valeur et sa place particulière dans la liturgie. Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance et « Dieu, personne ne l’a jamais vu, le fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître » nous dit Saint Jean dans son Evangile (1,18). Grâce à l’icône nous retrouvons en quelque sorte notre image restaurée d’enfants de Dieu.

L’iconographe n’exprime pas ses émotions, mais il met son art au service du sujet traité. Pour  réaliser son icône, l’artiste :

– prend un bois « qui ne travaille pas ou plus » qu’il polit sur une face,

– il l’enduit de plâtre (Blanc de Meudon +colle animale) en une douzaine de fines couches qu’il polit également,

– il y décalque le dessin qui a été rigoureusement composé,

– il pose les teintes de fond et l’or. La pose de l’or se fait soit comme les doreurs, à l’eau et à « l’assiette », soit à la colle spéciale. L’or se présente en feuilles très fines d’or à 24 carats, libres ou collées,

– il éclaircit l’ensemble très progressivement en terminant par les visages et par les « dernières lumières » éclats de la lumière divine.

– enfin, il « nomme » l’icône pour lui donner son identité,

L’icône est bénie au cours d’une eucharistie au moment de l’anamnèse, en la posant sur ou près de l’autel.

Les icônes orientales de la nativité cherchent à initier le croyant au mystère de l’Incarnation. Ces différentes influences de styles et d’écoles iconographiques sur le thème de Noël reflètent les sensibilités des anciennes civilisations pré-chrétiennes.

Icône de la nativité de Patmos (Grèce)

Il est intéressant de « lire » une icône de la Nativité et d’en découvrir le sens. Par exemple, l’image de « la grotte » est souvent présente et le berceau a plus l’aspect d’un tombeau que d’une mangeoire. Ces images nous renvoient donc à l’ensevelissement du Christ après son supplice sur la croix. Les bandelettes qui entourent Jésus ne sont pas sans rappeler les linges enveloppant le Christ lors de sa mise au tombeau. A sa naissance même, le Christ est déjà mort au monde. C’est Dieu avec nous, l’Emmanuel qui vient partager notre humanité pour que nous puissions partager sa vie divine. L’âne et le bœuf qui réchauffent de leur souffle l’enfant divin nous renvoient au texte d’Isaïe « Le boeuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas » (Isaïe 1, 3) …Il en est de même pour chaque détail.

Atelier Saint-Luc -Technique Russe (origine byzantine).

Que ce temps liturgique de Noël, qui, dans les liturgies orientales se prolonge par le temps de la Théophanie (Baptême de Jésus et appel des apôtres) soit un temps de fête et d’action de grâce, qu’il renouvelle en nous la confiance d’être encore et toujours les bien-aimés du Père. Que la Lumière de la Grotte de Noël dissipe les ténèbres des violences et des guerres en Syrie, en Iraq et rétablisse la paix et l’Amour entre les peuples en Orient, en Occident et dans le monde entier.

Tout homme est à « l’image »  de Dieu et le but de sa vie est de trouver sa « ressemblance » avec Lui, de se laisser transfigurer en une « ICONE de JESUS-CHRIST, par l’ESPRIT-SAINT ».

 

 

 

 

 

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