abandon

Le cardinal Danneels rappelle que la prière commence par un renoncement et que, dans  les abbayes, la cloche retentit dix minutes avant le début de la liturgie des heures afin que le moine puisse se détacher de son travail et prendre conscience qu’il va maintenant aller à la rencontre de Dieu qui habite au plus profond de son être.

Cependant, Conrad de Meester souligne que ce serait une erreur de penser que le silence intérieur n’est possible que dans le désert, au fond d’un monastère ou lors d’une retraite. Que deviendrait alors la mère de famille surmenée, l’ouvrier dans son usine bruyante, le prêtre de paroisse solitaire, le malade angoissé et souffrant, les personnes âgées esseulées et désemparées, le prisonnier dans sa cellule, le sans-abri ou tous ceux qui se heurtent au mur de l’incompréhension ! La rencontre avec Dieu serait-elle impossible ?

Pour lui, un environnement paisible n’est qu’une porte d’entrée pour y parvenir. Le véritable silence ne s’apprend que dans l’apparent abandon de Dieu et le désert de la souffrance acceptée. Et pourtant, c’est sûrement le plus efficace car il rejoint celui du Christ au Mont des Oliviers  « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant que sois faite non pas ma volonté, mais la tienne » (Lc 22, 41) et enfin son grand cri d’agonie « Père, entre tes mains je remets mon esprit ». Des prières magnifiques sont nées dans les déserts intérieurs, dans les solitudes et les grandes souffrances humaines. Oui, il faut être descendu jusqu’au plus profond de son cœur et y avoir rencontré Dieu pour pouvoir, après une vie jalonné par des drames (le suicide d’un père, la mort d’une mère dans l’enfer de Ravensbrück, d’un oncle et d’une tante dans celui de Birkenau …) et,  alors que vous ne pouvez plus parler et que vous êtes alimenté par une sonde, écrire à ses enfants : «  mon cas n’est pas unique pour un cancer. Si je deviens exigeante, prévenez-moi. Ce sont des mauvaises habitudes dont je ne me rends pas compte…Il faut éviter de penser trop à soi en se disant que des gens comme moi sont des privilégiés et que, toujours, il y a plus malheureux … » C’est aller bien au-delà de l’apparent abandon de Dieu.

 Qu’en cette troisième semaine de l’Avent, nous unissions nos prières à toutes celles nées dans le silence de la souffrance et apprenions à relativiser nos soucis quotidiens.

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