Piloté par Alain Tuloup
Tel : 01 34 17 39 09 – Mail : alaintuloup@hotmail.fr

Prochaine rencontre  début mai (à préciser) à 20h30 au presbytère de Saint-Gratien.

 

COMPTE RENDU DE LA REUNION DU 26 FÉVRIER 2014

12 personnes sont présentes : L’ordre du jour proposé est adopté ; les différents points sont débattus successivement :

 

1)      Attentes de chaque participant par rapport à l’atelier :

Les participants expriment à tour de rôle leurs souhaits et leurs questions :

–          Privilégier l’accueil de l’étranger,  la rencontre des frères venus d’ailleurs, réagir aux paroles malintentionnées ;

–          Aller vers les frères ;

–          Travailler l’angle religieux ; cela fait partie de notre rôle de chrétien ; comment s’y prendre avec les non croyants ?

–          Découvrir le sujet, apprendre à vivre ensemble, développer les relations avec nos frères musulmans ;

–          Comment porter la parole de Dieu auprès des non chrétiens ?

–          Dialoguer , apprendre à se connaître mais comment ?

–          Retrouver la vérité historique sur St François d’Assise et les relations avec les non chrétiens ; s’intéresser aussi au dialogue entre les chrétiens et les juifs ;

–          Chercher les points communs entre les croyants quelle que soit leur religion et avec les incroyants ; trouver des paroles et des gestes missionnaires ;

–          Connaitre ce que St François  a fait pour les relations avec les musulmans et ce qu’il nous enseigne pour aujourd’hui ;

–          Dialoguer pour éviter que se creuse le fossé avec les musulmans en prenant exemple sur St François ;                                                                                                              L’extension de l’objet de l’atelier fait débat : aborde-t-on uniquement le dialogue avec les musulmans ? avec les croyants d’autres religions ? avec les incroyants ? L’ atelier décide de laisser la question ouverte , le parcours proposé étant adapté à toutes les options ;

 

2)      Parcours proposé :

L’atelier adopte les propositions de la ficha ci-jointe sur un parcours en 4 étapes ;

 

3)      Programmation des réunions de l’atelier :

Les dates retenues sont les suivantes :                                                                                                                                                                                                                                                         -Mercredi 19 mars à 20H30 : recherche sur l’héritage de ST François : les faits historiques et leur interprétation, l’actualité  cet héritage ;

-Mardi 8 avril à 20 H 00 : l’enseignement de l’Eglise, les textes de référence, Vatican II, les déclarations des papes et en particulier FRANCOIS et des évêques et en particulier Mgr Lalanne ;

 

4 ) répartition des tâches :

Dans un premier temps , l’atelier opte pour une approche collective : chacun apportant sa contribution aux sujets retenus pour les réunions ;

 

 

 

«  SAINT  FRANCOIS ET LES RELATIONS  AVEC LES NON-CHRETIENS »

1)    Parcours proposé ;

  • Recherche sur l’héritage de st François :

–          Les faits historiques et leur interprétation : son action, son message, son testament,

–          L’actualité de cet héritage pour le monde d’aujourd’hui,

 

  • L’Eglise d’aujourd’hui et les relations intereligieuses :

 

+ L’Enseignement de l’Eglise :

–          Les textes de référence, VATICAN II

–          Les déclarations  des papes en particulier le Pape François ,  des évêques et en particulier de Mgr Lalanne ;

+  la pratique de l’Eglise :

–          Les franciscains aujourd’hui ;

–           L’esprit d’Assise ;

–          Les services et mouvements engagés dans les relations interreligieuses : sant’ Egidio

–          Les initiatives exemplaires en France, en Val d’Oise ;

 

  • Proposition pour l’avenir dans nos paroisses et dans nos diocèses :

 

    2 ) Organisation :

  • Mise en place d’un groupe de travail :

réunir 4 à 5 personnes pour démarrer ; puis géométrie variable ensuite ;

  • Rechercher les sources documentaires : ouvrages, textes, films, etc
  • Recueillir des témoignages : service diocésain, franciscains, associations, etc
  • Elaboration de propositions pour agir dans nos paroisses ;
  • Rythme de réunions : au moins une par mois après une réunion de démarrage fin janvier ; les trois points du parcours proposé feront l’objet chacun d’une réunion
  • Restitutions :

– l’atelier constituera un dossier : textes, fiches de lectures, compte rendus de témoignages mis sur le site internet de la paroisse ;

-Une restitution finale pourrait être programmée devant l’ensemble des paroissiens

  •  Pérennisation de l’atelier ?

L’ atelier pourrait se transformer en groupe de veilleurs permanents au service des paroissiens pour actualiser réflexions et propositions ;

 

 

 

ATELIER  DIALOGUE AVEC LES NON-CHRÉTIENS

 Sources :

SITES INTERNET

–          Le dialogue chrétiens musulmans

–          Denise Masson, traductrice du CORAN

–          JEAN PAUL II rencontre Hassan II

–          Pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne

 

OUVRAGES

  • Histoire :

–          ST FRANCOIS ET LE SULTAN de Gwenolé Jeusset

–          EXIL ET TENDRESSE  d’Eloi Leclerc

–          LE SAINT ET LE SULTAN  de John Tolan

 

  • Dialogue ave  l’Islam :

–          LE PRETRE ET L’IMAM  de Christophe Roucou et Tareq Oubrou ;

 

  • Connaissance de l’Islam :

–          L’ISLAM TOLERANT OU INTOLERANT ? de Moustapha Chérif

–          L’ ISLAM POUR LES NULS de Malcom Clark et Malek Chebel

 

 

Fiche de lecture rédigée par Alain Tuloup :  RENCONTRER L’ISLAM  d’après l’ouvrage « Saint François d’Assise », de André Vauchez.

  • L’affirmation de la vocation universelle de la mission des franciscains :

Lors du chapitre général de mai 1217, une décision importante fut prise : l’envoi hors d’Italie de groupes de frères ; il s’agissait pour la fraternité d’un tournant décisif puisque en sortant d’Italie, elle affirmait le caractère universel de son message et sa vocation à le transmettre à l’ensemble du monde.

François décida de partir pour la France ; mais il n’alla pas très loin puisque, parvenu à Florence, il y rencontra le cardinal Hugolin qui lui déconseilla de faire ce voyage ; il lui donna ce conseil : ne pas quitter l’Italie tant que la solidité de sa fondation n’était pas assurée.

Sur ce point la situation de la Fraternité était très précaire car elle ne pouvait faire état que d’une approbation orale de leur genre de vie par le pape et ne possédait ni règle, ni privilèges.

François se serait exclamé : « Pensez-vous donc, Messires, que le Seigneur a envoyé des frères mineurs pour nos provinces d’Italie seulement ? Bien au contraire, Dieu les a choisis pour le salut des âmes dans le monde entier non seulement parmi les chrétiens, mais encore pour les infidèles. Le Seigneur les pourvoira  de tout le nécessaire, parmi les infidèles comme parmi les fidèles » ( Légende de Pérouse ).

François affirmait publiquement le caractère universel de sa fondation et sa vocation à sortir des frontières de la chrétienté ; il est sans doute le premier saint chrétien du Moyen Age à avoir cherché le contact avec le mode musulman et à l’avoir trouvé ; il n’est pas douteux qu’il avait conçu dès cette époque un très ambitieux projet d’apostolat missionnaire qui ne se limitait pas au monde chrétien.

  • François à la rencontre de l’Islam :

En 1219, François finit par réaliser son rêve : parti d’Ancône au mois de juin, il débarqua à St Jean d’Acre ; de là il gagna Damiette, un port important situé dans le delta du Nil qui était alors assiégé par les croisés ; un nouveau sultan  Al Malik al KAMIL, neveu de Saladin, venait de s’y installer.

La présence de François en ce lieu pendant plusieurs mois et sa tentative de convertir le sultan à la foi chrétienne sont des faits avérés : tous les hagiographes, tel Tomas de Celano qui écrivit sa vie en 1228 ou Bonaventure, auteur de la  Legenda  Maior en font état ; mais surtout il existe des témoignages contemporains, extérieurs à l’ordre franciscain. Le plus ancien est celui de Jacques de Vitry, évêque de St  Jean d’Acre ; de plus, deux chroniques laïques rédigées en Terre Sainte peu après les évènements apportent des compléments importants : la Chronique d’Esnoul, et la Légende d’Héracle ; le témoignage de ces chroniqueurs, qui appartiennent à l’entourage de Jean de Brienne, roi de Jérusalem, présent à Damiette, est d’autant plus précieux qu’ils ont considéré le geste de François comme une folie car à leurs yeux, il n’y avait pas d’accord possible entre la Chrétienté et l’Islam.

  • Les objectifs de François :

Quels étaient les objectifs de François lorsqu’il débarqua près de Damiette, et qu’y fit-il au cours des quelques mois qu’il passa dans la ville assiégée ?

–          Il n’a surement jamais songé à se joindre à la croisade en tant que combattant ;

–          Il semble plutôt avoir vu là une occasion de mettre à l’épreuve l’idéal évangélique des Frères mineurs.

Une fois sur place, François  ne tarda pas à prendre conscience du fait que la situation était bloquée sur le plan militaire et que les armes ne menaient à rien.

  • La rencontre avec le Sultan :

François profita d’une trêve pour quitter le camp chrétien  et se rendre à celui du Sultan  avec un seul compagnon, le frère Illuminé, après avoir avisé le légat Pélage qui ne lui cacha pas qu’il désapprouvait sa démarche.

Sur cet épisode fameux, il existe au moins deux traditions : pour les chroniqueurs extérieurs à l’ordre franciscain comme Jacques de Vitry, François aurait surtout cherché, en vain d’ailleurs, à convertir le sultan et son peuple. Le prélat affirme que la simple présence de François avait transformé le sultan d’Égypte de bête féroce qu’il était au départ en auditeur docile qui l’aurait écouté des jours durant. Mais craignant qu’il ne convertisse ses sujets, ce dernier l’aurait fait reconduire avec honneur jusqu’au camp des croisés, tout en lui demandant de prier « afin que Dieu daigne révéler  la loi et la foi qui lui plaisent davantage. »

Le second récit  de J. de Vitry amplifie et dramatise l’évènement en soulignant que le Sultan fut ébranlé par ses paroles et faillit se convertir à la foi chrétienne.

En revanche, pour les auteurs franciscains, le Pauvre d’Assise se serait rendu auprès du Sultan animé par le désir d’y subir le martyre ; mais Al Kamil  l’aurait traité  aimablement et l’aurait écouté défendre le christianisme contre les docteurs de la loi musulmane  qui l’entouraient ; après cette joute oratoire, le Sultan aurait essayé de se concilier François en lui offrant de riches présents que ce dernier aurait refusé, ; ne voulant pas ternir  l’image de son héros par l’évocation d’un échec, Celano conclut son développement  en expliquant le refus de Dieu de lui accorder le martyre par le fait qu’une grâce singulière, bien plus douloureuse et glorieuse lui était réservée, faisant allusion aux stigmates que François allait recevoir en 1224.

Bonaventure affirme tenir de Frère Illuminé un récit authentique de l’entretien auquel il avait assisté : après avoir été maltraités  par les soldats qui les arrêtèrent, tous deux furent trainés dans la tente du sultan qui les accueillit avec bienveillance et leur demanda le motif de leur venue. François lui répondit «  qu’il avait été envoyé non par un homme, mais par le Dieu très haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple la voie du salut et leur annoncer le salut qui est la vérité ; puis il prêcha au sultan Dieu Trinité et sauveur du monde avec une grande force d’âme et ferveur d’esprit. »

Voyant que le sultan hésitait à se convertir, il lui proposa de se soumettre au jugement de Dieu : Les ulemas et lui-même entreraient dans un feu  et l’on verrait laquelle des deux religions est supérieure à l’autre. Les musulmans ayant rejeté cette épreuve qu’ils considéraient comme un acte de folie, François proposa au sultan d’affronter seul les flammes ; ce dernier refusa mais aurait conçu pour lui une vive admiration et même un certain désir de se convertir au christianisme. Il n’y donna pas suite par crainte des réactions de son peuple ; il fit des cadeaux à François qui ne les accepta pas et s’en retourna dans le camp des chrétiens ;

  • Signification de cet évènement :

Ainsi, alors qu’à première vue il n’y a guère d’épisode dans la vie de St François qui paraisse aussi légendaire, la rencontre de François avec le sultan d’Egypte est sans doute l’un des mieux attestés historiquement ; il est parlant même si sa signification précise n’est pas évidente. Il est bien connu qu’Al Malik al Kamil était à la fois un esprit tolérant et ouvert en matière de religion : que le sultan d’Egypte ait voulu montrer à ce visiteur chrétien que l’hospitalité musulmane n’était pas un vain mot et l’ait placé sous sa protection n’a rien d’invraisemblable.

  • Subir le martyre ?

Le comportement de François est plus surprenant de la part d’un homme aussi évangélique ; mais François était nourri de références bibliques (le prophète Elie, le cantique des trois enfants dans la fournaise, Daniel dans la fosse aux lions) ; d’autre part  dans les mouvements religieux populaires qui s’étaient développés  en Italie à cette époque, le recours à la preuve par le feu pour prouver la justesse d’une cause n’était pas inconnu.

François s’est il vraiment rendu auprès du sultan dans le but d’y subir le martyre comme l’indiquent toutes les sources franciscaines ? Certains en doute aujourd’hui qui  craignent qu’on prête à leur héros une attitude suicidaire ou un comportement irresponsable ; selon André Vauchez, cela entrait dans ses perspectives compte tenu de ce que l’on sait  de sa mentalité et de sa culture ; la plupart des saints dont il entendait parler n’étaient-ils pas des martyrs, à commencer par St Rufin, le premier évêque d’Assise ? De plus  sa vocation et celle de son ordre n’étaient-elles pas marquées par le désir de suivre l’exemple des apôtres qui avaient donné leur vie pour témoigner de leur foi ?

Affronter tribulations et dangers, y compris celui de perdre la vie, pour propager la foi chrétienne a constitué dès l’origine un élément constitutif de la sensibilité franciscaine.

A son arrivée en Égypte, François partageait vraisemblablement les préjugés des chrétiens de son temps contre l’Islam ; sans doute ne connaissait-il des musulmans que ce qu’en disaient les chansons de geste de son temps, où ils étaient présentés comme idolâtres, luxurieux et fanatiques.

En partant  à la rencontre du sultan, François était sincèrement convaincu qu’il allait être martyrisé  pour sa foi mais il acceptait par avance de courir ce risque ; de fait ce péril n’avait rien d’imaginaire : cinq frères mineurs avaient été martyrisés au Maroc.

  • Une rencontre déroutante

A la différence des frères exécutés au Maroc, il parait peu probable que François ait en personne attaqué Mahomet devant les musulmans présents ; le sultan semble y avoir été sensible puisqu’il le laissa parler : ainsi la rencontre des deux hommes aboutit à mettre en cause les idées reçues que chacun se faisait de l’autre et de sa religion ; A l Kamil ne tarda pas à se rendre compte que ce personnage désarmé n’était pas un croisé mais un homme de Dieu et François ne trouva pas  dans le sultan  le persécuteur  de la foi chrétienne auquel il s’attendait ; tout semble s’être passé de façon déroutante pour les deux protagonistes et c’est sans doute la raison pour laquelle ce face à face revêtit une importance historique et a fasciné les esprits au cours des siècles.

  • Plusieurs interprétations :

Il est sans doute vain d’essayer de savoir ce qui s’est réellement passé entre François et le sultan, mais le simple fait qu’une telle rencontre ait eu lieu constitue déjà en lui-même une nouveauté ; reste à savoir sur quels sujets a bien pu porter leur entretien : les témoins directs ou proches d l’évènement mentionnent tous une prédication de la Parole de Dieu de la part de François qui aurait pris la forme d’un exposé des principes de la foi chrétienne et d’un appel à la conversion ; ce discours aurait suscité chez le sultan une réaction d’estime vis-à-vis du prédicateur , dont il aurait apprécié le courage sinon les convictions.

Les sources qui émanent de l’entourage de Jean de Brienne évoquent plutôt une confrontation, voire un débat contradictoire entre François et les docteurs de la loi islamique, ce qui parait assez étonnant de la part de François qui ne maitrisait ni les arguments ni le langage des théologiens.

Bonaventure introduit le récit de l’épreuve du feu  pour bien marquer la nécessité d’une intervention surnaturelle pour accéder à la foi.

Tout cela reste de l’ordre de l’hypothèse et il faut bien reconnaître  qu’il n’y a pas de raison déterminante de choisir l’une des lectures du contenu de cette rencontre plutôt que l’autre.

Conséquences :

D’après la chronique d’Esnoul, proche de l’évènement  et bien informée, François aurait déclaré au cardinal Pélage qu’il ne voulait se rendre chez les Sarrasins que s’il pouvait en résulter un grand bien ; quel grand bien : une conversion du Sultan ? François n’était ni naïf, ni présomptueux.

  • Le libre accès à Jérusalem

On peut supposer que François  a suggéré au sultan  qu’en accordant aux chrétiens le libre accès à Jérusalem, il les délivrerait de l’obligation morale de reconquérir la ville par la force, car la croisade perdrait alors une de ses motivations fondamentales.

Peut-être retrouve-t-on l’écho de cela dans la proposition que le sultan  fera aux croisés quelques semaines plus tard, lorsque ces derniers se seront emparés de Damiette, de leur restituer Jérusalem en échange d’une évacuation rapide de l’Egypte ; ce compromis qui avait les faveurs de Jean de Brienne, fut rejeté par le cardinal Pélage qui voulait continuer la lutte à outrance contre l’Islam et qui fut finalement obligé de capituler en aout 1221.

L’idée en sera reprise par Al Kamil et l’empereur Fréderic II lors des négociations qui aboutiront en 1229 au traité de Jaffa qui restitua Jérusalem, Bethléem et Nazareth aux chrétiens.

  • Attitude vis-à-vis des croisades

Le comportement de François vis-à-vis du sultan  nous incite à reconsidérer la question de son attitude vis-à-vis de la croisade ; on a souvent opposé l’attitude violente et intolérante de la papauté qui voyait avant tout  dans l’Islam une menace pour la chrétienté à celle de François, partisan d’un dialogue pacifique avec les musulmans ; François n’était pas à priori un adversaire de la croisade ; on n’oubliera pas que dans l’esprit des chrétiens de ce temps, la croisade n’était pas une guerre de religion ou une expédition coloniale mais d’abord un pèlerinage armé dont le but était la défense ou la reconquête des lieux saints, un nouvel exode du peuple de Dieu en marche vers la terre promise et la cité sainte de Jérusalem où devait se produire la conversion des infidèles et la réconciliation du genre humain ; François ne récusait pas la croisade ; il en découvrait et en accomplissait le sens profond qui était celui d’une recherche de fraternité entre les chrétiens d’Occident et d’Orient dans laquelle les musulmans et les juifs pourraient trouver leur place.

Le judaïsme et l’islam apparaissaient moins comme des religions concurrentes que comme des révélations imparfaites, des étapes vers la religion universelle qu’était le christianisme ; dans cette perspective la croisade était avant tout un moyen d’obliger l’Islam à écouter le message chrétien.

Il semble bien qu’une évolution se soit produite chez François à la suite de sa rencontre avec le sultan. Damiette fut prise par les croisés le 5 novembre 1219 et cette conquête s’accompagna de massacres et de violences. François vit le mal et le péché qui commençaient à croître parmi les gens de l’armée, ce qui lui déplut ; écœuré par la conduite  de ses coreligionnaires, il préféra prendre ses distances.

  • La garde de lieux chrétiens en Terre Sainte

il passa quelque temps avec ses frères dans ce qui restait des Etats latins ; sans doute est-ce ce séjour en Terre Sainte, et le bon souvenir que François avait laissé aux musulmans, qui expliquent que les mineurs furent en 1333 les premiers et longtemps les seuls religieux latins autorisés par le Sultan à revenir à Jérusalem. Ils se virent aussi confier la garde de certains lieux chrétiens qu’ils conservent encore aujourd’hui ;

  • Mission des franciscains envers les musulmans et les infidèles :

A son retour de Terre Sainte, François s’engage dans la rédaction d’une règle ; c’était urgent pour sortir du flou institutionnel de la Fraternité ; les règles de 1221 et de 1223 présentent des dispositions relatives à ceux qui vont chez les Sarrazins et autres infidèles qui constituent une nouveauté absolue ; pour la première fois , à l’époque médiévale, la conversion des non-chrétiens figure parmi les objectifs assignés à un ordre religieux et surtout le rapport avec l’Islam y est envisagé sous un angle qui n’est pas seulement celui de l’affrontement. C’est avec François  que le souci de l’évangélisation des infidèles devint un objectif primordial au sein du christianisme occidental.

Dans le document de base franciscain de 1221, le chapitre 16 présente un intérêt exceptionnel : il commence par citer le passage de l’Evangile : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » ; François tenait à mettre en garde ses frères contre une approche trop naïve de la mission. Il rappelle que partir en mission en terre d’Islam supposait chez les frères l’acceptation du risque de perdre son corps et sa vie pour le Christ.

François propose deux types de comportement possibles selon les circonstances :

– ou bien ne faire ni procès ni dispute, être soumis à toute créature humaine  à cause de Dieu, et confesser simplement qu’ils sont chrétiens ;

– ou bien annoncer la Parole de Dieu afin que les païens croient et se fassent baptiser.

Sans doute François avait-il compris  que la recherche du martyre qui avait poussé à attaquer de front et publiquement les croyances de l’Islam, pouvait être une démarche ambigüe ; pour François, mieux valait adopter un comportement fondé sur la discrétion et l’humilité.

Les frères doivent plutôt rechercher d’être soumis à toute créature à cause de Dieu, c’est-à-dire de servir (l’étymologie du mot islam c’est « se soumettre à la loi de Dieu ») ; François avait pris conscience que les deux religions antagonistes possédaient un substrat commun et qu’il existait de ce fait  une possibilité de dialogue entre elles.

On peut résumer la position de François en disant qu’il a préconisé un dialogue sans concession  avec l’islam mais mené dans la paix et l’humilité, le martyre n’étant plus qu’un passage à la limite, un risque qu’on devait accepter de courir mais non rechercher.

On peut se demander si l’expérience que François a fait de l’Islam n’a  pas eu sur lui d’autres répercussions concernant l’appel à la prière publique ou le respect du nom divin.

Un des aspects les plus novateurs de l’utopie franciscaine réside en cela qu’elle situait la propagation de l’Evangile dans une perspective universaliste.

Aux yeux de François tous les hommes, païens, infidèles, chrétiens, ont besoin de faire pénitence et de se convertir à l’amour divin ; aussi le rapport à l’Islam n’est-il pas marqué par un sentiment de supériorité  ni par l’agressivité mais par la certitude  que l’humanité pécheresse est appelée à progresser ensemble vers la connaissance du vrai visage de Dieu. Sur ce point, le message de François ne fut guère reçu ; la bulle de 1221 ne fut pas suivie longtemps. La règle de 1223 fait disparaitre  les prescriptions  sur les façons de se comporter parmi les sarrasins.

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