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Conférence à Cergy de Gaël Giraud, économiste jésuite.

 

9 janvier à Cergy-le-Haut : Une salle comble de 350 places assises (plus de 50 personnes ont dû sortir pour respecter les consignes de sécurité !) essentiellement composée de membres des quatre mouvements organisateurs*, une ambiance très amicale puis très attentive, enfin un manque de temps pour creuser les propos passionnants mais sans doute à discuter de notre économiste jésuite : voilà une soirée vivante, tonique et sans langue de bois, comme on aimerait en vivre beaucoup ! Et en plus, un signe non négligeable d’œcuménisme entre quatre mouvements d’inspiration chrétienne qui ont préparé et organisé ensemble cette rencontre.

 

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Gaël Giraud, la quarantaine, bien pourvu en diplômes, est apparu comme un homme simple, au langage clair et concret, utilisant de nombreux exemples pour illustrer ses propos. Un homme qui analyse les situations et les enjeux de notre société avec un grand souci pédagogique pour que les problèmes importants ne restent pas l’apanage d’une petite élite, mais qu’ils touchent aussi une part de plus en plus large de la population : nous sommes tous concernés par les questions financières, écologiques, ou par la construction de l’Europe… Enfin un homme empreint d’un humanisme qu’il aimerait voir traduit dans les structures politiques, économiques et sociales de notre pays.

 

* CCFD-Terre Solidaire, Mouvement des Cadres et Dirigeants chrétiens (MCC), La Vie Nouvelle, le Journal La Vie.

 

Résumé de l’exposé de Gaël Giraud :         GG7

1) Analyse de la situation :

Dans un pays, trois situations économiques sont possibles :

–          Type 1 : Les 30 Glorieuses (1945-1975) avec inflation et croissance

–          Type 2 : Déflation, avec baisse des prix et une économie qui ralentit de plus en plus : un modèle dont on a du mal à se sortir, comme le vit le Japon depuis une vingtaine d’années.

–          Type 3 : Croissance molle avec bulles financières (situation de nombreux pays du monde depuis quelques années). Les marchés financiers absorbent toutes les liquidités disponibles, au lieu de les diriger vers l’économie réelle, et les montants des fonds spéculatifs et des bulles financières sont de plus en plus énormes.

On a très peu fait de réformes financières réelles et on ne peut rien prévoir de l’évolution future,  mais il y aura de nouvelles bulles spéculatives, de plus en plus importantes, on ne sait pas quand.

Les marchés financiers ne sont pas assez régulés et la réforme bancaire française ne sépare pas du tout les activités de dépôt et les activités spéculatives. Les banquiers ont su imposer leur point de vue aux politiques  car ils représentent un pouvoir énorme par leur puissance financière. La réforme bancaire britannique va un peu plus loin…

On est aujourd’hui en Europe à la croisée des chemins : La zone euro ne peut fonctionner durablement entre le Nord et le Sud, avec des politiques économiques trop divergentes. Une hypothèse est que les pays du nord de l’Europe se regroupent et se séparent des pays du sud. Ceux du nord souhaiteraient quand même que la France et l’Italie fassent partie de leur groupe (du Nord) pour rester fidèles au projet initial d’Europe des six pays fondateurs en 1950.

 

2) La transformation écologique et le changement énergétique.

Ce sont des éléments essentiels de la situation du monde aujourd’hui.Le réchauffement climatique est une réalité ainsi que la baisse des rendements agricoles.

La production de pétrole est aussi à son maximum. Le prix du baril risque de beaucoup augmenter à l’avenir, ce qui fera baisser la consommation, d’où une réduction de prix, puis une évolution en yoyo, en fonction de la succession des augmentations et des baisses de consommation.

La transition énergétique est nécessaire avec plusieurs possibilités dont la baisse progressive du nucléaire, l’augmentation des énergies renouvelables… Cela nous occupera durant un siècle (!) avec 3 chantiers :

1er chantier : D’abord rénover et isoler tout l’immobilier, l’ancien et le nouveau. Cela demande des financements lourds qu’on peut trouver, pour créer des villes plus denses avec des tailles plus réduites. Finies les grandes banlieues pavillonnaires qui s’étalent…

2eme chantier : Favoriser et à organiser les transports collectifs au détriment des transports individuels.

3eme chantier : Décarboner l’agriculture pour la rendre plus naturelle et écologique.

Les 2 premiers chantiers sont locaux, non délocalisables : cela créera de l’emploi chez nous.

On peut arriver à financer ces changements mais il faut faire des choix ! il est possible de commencer à réguler les couts des transports sans pour autant avoir une autorité mondiale : Jacques Chirac par exemple a réussi à mettre en place une taxe Unitaid (pour favoriser le développement) sur les billets d’avion vendus en France (et dans quelques autres pays).

 

3) Où sont les sources d’espoir ou de blocage ?

A partir de 1970, il n’y a plus eu d’idéologie et de grands projet mobilisateur : on est dans une panne idéologique et eschatologique (pas de visée à long terme). On n’a plus les mots pour dire pourquoi on vit ensemble. On est comme les Hébreux au désert et les marchés financiers sont notre veau d’or.

La transition écologique pourrait devenir pour nous notre “grand récit” et constituer un horizon lointain qui donne du sens.

 

Les blocages :

1) Certains ne croient pas a cette situation écologique gravissime.

2) On est parfois pris par le désespoir et on démissionne, on ne fait rien pour préparer l’avenir.  Alors ce sont les pauvres qui trinquent en premier. Il y a un enjeu social énorme. Les riches s’en sortiront toujours.

3) Croire que la création monétaire est automatiquement inflationniste et que l’inflation est automatiquement galopante. est une bêtise. Si la masse monétaire augmente, si on fait tourner la planche à billets, il est seulement nécessaire que l’économie réelle (le gâteau disponible) augmente aussi…

 

Débat. Réponses à des questions écrites :

* Je suis profondément européen, même fédéraliste, mais l’Europe est partie dans une mauvaise direction avec l’Euro qui est une monnaie “unique” alors qu’il existe deux réalités économiques très différentes : l’Europe du Nord a une faible inflation qui favorise la rente (l’Allemagne est un pays vieillissant) et l’Europe du Sud une inflation plus forte encourageant le travail et l’endettement. Il aurait donc été préférable de créer une monnaie non pas unique mais  “commune” avec des déclinaisons nationales qui auraient permis des ajustements.

Le commissaire européen Michel Barnier fait ce qu’il peut au niveau financier pour introduire dans la zone euro des éléments de régulation, mais les grands états et les banques de ces états (Allemagne, France…) sont très puissants et ont les moyens d’imposer leur volonté, souvent guidée par des intérêts particuliers ou nationaux.

* Que faire aujourd’hui pour surmonter nos problèmes économiques ? Une politique déflationniste, d’austérité nous fait tous aller dans le mur. Depuis plusieurs années, la Grèce perd chaque année 7% de PIB alors que sa dette continue à augmenter : elle devrait davantage rembourser avec une richesse qui diminue : c’est impossible !

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* Augmenter la dette d’un pays n’est pas dangereux si on augmente la taille du gâteau, si on investit et qu’on crée de la richesse supplémentaire. De toute manière, ni la Grèce, ni l’Espagne, ni l’Italie, …ni la France ne pourront rembourser leurs dettes. Il faudrait, comme on a déjà fait en Grèce, accepter d’effacer une partie de la dette de ces pays. La BCE (Banque Centrale européenne) pourrait récupérer toutes les mauvaises créances des divers pays européens et les effacer pour les remplacer par une valeur équivalente d’euros : c’est un simple jeu d’écriture ! Cela ferait sans doute baisser l’euro car la richesse réelle des pays n’aurait pas augmentée en compensation de cette création de monnaie, mais tant mieux, car il est trop élevé pour la France et pour d’autres pays. Pourtant cela ne se fera pas, car 1) cela nuirait à l’Allemagne qui refuse cette hypothèse et veut un euro fort 2) il faudrait modifier le traité fixant le rôle de le BCE.

* Une difficulté pour faire avancer les questions financières au niveau de l’Etat, vient du fait que beaucoup de brillants esprits de Bercy ont comme perspective de carrière de passer un jour dans le privé, souvent dans une grande banque où leur avenir matériel sera très largement assuré. Ils sont donc soumis à de très fortes pressions pour ne pas prendre de  mesures nuisibles aux intérêts bancaires qu’ils auraient en théorie à contrôler ou à limiter. Pour oser combattre ces intérêts, il faut une ossature personnelle et spirituelle particulièrement forte…

 

 

* Un livre de Gaël Giraud : L’illusion financière, Nouvelle édition augmentée en janvier 2014, Poche.

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